Organisations internationales

COP28 : des millions de dollars promis aux pays pauvres pour compenser les dégâts climatiques – Libération


Première standing ovation pour le jour d’ouverture de la COP28, à Dubaï. Ce jeudi 30 novembre, un texte important a été adopté sur une partie du sujet explosif des financements climat et de la solidarité Nord-Sud, éternelle pomme de la discorde des négociations pour lutter contre le réchauffement. L’avancée concerne la mise en œuvre du fonds «pertes et dommages», dont la vocation est d’aider les pays les plus vulnérables à réparer les dégâts climatiques dont ils sont déjà victimes, alors qu’ils sont les moins responsables historiquement des émissions de gaz à effet de serre (GES). Et ce, grâce à l’argent des pays riches, qui sont les premiers responsables du changement climatique et ont donc une «dette climatique» envers les pays du Sud.

Une annonce de bon augure mais pas si surprenante, puisque le président émirati de la COP28, Sultan al-Jaber, avait déjà fait part de son ambition de lancer «une impulsion positive» dès le début de la conférence climat. Façon aussi, pour lui, de donner des gages de bonne volonté, alors que son profil de patron de la compagnie pétrolière nationale est critiqué. «Nous avons écrit une page d’histoire aujourd’hui, s’est-il empressé de se féliciter jeudi. La rapidité avec laquelle nous l’avons fait est inédite, phénoménale et historique.» De son côté, l’organisation humanitaire Care, très attachée à ce dossier, y voit «un signal très important après trente ans de blocage» et «un pas de géant».

Le principe de la création de ce fonds a été décidé à la COP27, l’an dernier, après d’âpres négociations. Mais tout restait à faire pour le concrétiser et en définir les contours. Qui met au pot ? Combien ? Qui en bénéficie ? Où est hébergé ce fonds ? Quelle sera la gouvernance ? Pendant un an, un groupe de 24 Etats a planché sur ces épineuses questions, où pays riches et pauvres ont peiné à s’entendre. Début novembre, il en a résulté un fragile compromis. Le texte final adopté ce jeudi s’en inspire très largement, effaçant les craintes d’une remise en cause de ce travail, qui aurait pesé lourdement sur le reste des négociations, notamment au sujet de la réduction des émissions de l’humanité.

Mais des questions restent en suspens. A partir de 2024, le fonds sera provisoirement hébergé par la Banque mondiale pour quatre ans. Un point sur lequel les pays en développement ont cédé : ils ne voulaient pas que la cagnotte qui leur est destinée soit installée au sein d’une institution accusée d’être aux mains des pays occidentaux. Mais le fonds bénéficiera d’un secrétariat indépendant.

Une «signification énorme pour la justice climatique»

Sur la question des pays contributeurs, le fonds n’oblige personne mais incite, ce que souhaitaient notamment les Etats-Unis (aujourd’hui le deuxième émetteur mondial de GES). Le texte «exhorte» simplement les pays développés à débloquer des financements, sur la base du volontariat, sans donner d’objectif chiffré. Les pays en développement qui le peuvent sont eux aussi «encouragés» à donner. Cela pourrait par exemple être le cas de la Chine, désormais premier émetteur mondial de GES et deuxième puissance économique après son grand rival américain. Ou d’autres pays riches émergents, comme l’Arabie Saoudite.

Reste aussi à décider d’un objectif financier global. Des pays en développement ont réclamé une somme plancher de 100 milliards de dollars annuels (92 milliards d’euros) d’ici à 2030 pour ce nouveau fonds. Mais les besoins estimés sont bien plus importants : les pertes pourraient atteindre 580 milliards de dollars (532 milliards d’euros) par an. Ce jeudi, les Emirats ont immédiatement annoncé une contribution de 100 millions de dollars. L’Union européenne devrait, elle, donner 225 millions d’euros, dont 100 millions de dollars promis par Berlin. La France, la Norvège et le Danemark pourraient aussi annoncer une première mise de départ, de l’ordre de quelques centaines de millions de dollars. Les Etats-Unis promettent seulement 17,5 millions de dollars, tandis que le Japon n’est prêt à débourser que 10 millions de dollars. Une paille, rapporté au poids de leurs économies. Le Royaume-Uni, de son côté, met 50 millions de dollars sur la table. Autre sujet qu’il restera à éclaircir : les sommes seront-elles attribuées sous forme de prêts ou de dons ? Un détail important : des prêts alourdiraient la dette des pays en développement.

En attendant, l’heure est aux réjouissances… prudentes. Madeleine Diouf Sarr, présidente du groupe des Pays les moins avancés, qui représente 46 des nations les plus pauvres, a salué une décision d’une «signification énorme pour la justice climatique». Le fonds sera une «corde de sécurité pour les personnes qui vivront des heures sombres, permettant aux familles de reconstruire leurs habitations après un désastre, de soutenir les paysans dont les cultures ont été ravagées et de trouver un nouveau “chez soi” pour ceux qui seront obligés de déménager à cause de la hausse du niveau de l’océan», a illustré Ani Dasgupta, le président du groupe de réflexion World Resources Institute, basé aux Etats-Unis. Tout en indiquant que son succès dépendra de son ampleur et de la rapidité avec laquelle l’argent commencera à être versé aux personnes dans le besoin, il estime que la décision de ce jeudi peut «permettre de donner de l’élan aux négociations de la COP pour progresser sur tous les fronts, dont la sortie rapide des énergies fossiles ou la transformation du secteur alimentaire».

«Le texte comporte des lacunes»

De nombreuses associations environnementales ont elles aussi réagi, saluant l’avancée du jour tout en soulignant ses limites. «Si c’est une bonne nouvelle, le texte comporte des lacunes, pointe Gaïa Febvre, responsable des politiques internationales au Réseau Action Climat. C’est pourquoi nous exhortons les Etats, et notamment Emmanuel Macron, lors du sommet des leaders qui se tiendra vendredi et samedi, à prendre des engagements financiers significatifs !»

«L’argent, il y en a, comme le montrent les bénéfices de l’industrie pétrogazière», a signalé Friederike Röder, de l’ONG Global Citizen. L’ONG Care confirme que «c’est loin d’être la fin du combat». Elle explique que l’on peut «commencer par rediriger les montants astronomiques des subventions publiques aux industries des énergies fossiles», en précisant qu’elles ont représenté 470 milliards de dollars rien qu’en 2022 pour les pays du G20. Le Fonds monétaire international a calculé qu’en 2022, les gouvernements de 170 pays ont subventionné – via des allégements fiscaux, incitations ou financements directs – les énergies fossiles à hauteur de 7 000 milliards de dollars, l’équivalent de 7,1% du PIB mondial. De quoi trouver quelques marges de manœuvre financières…

Care demande aussi la mise ne place du principe pollueur-payeur pour dénicher de nouvelles sources de financement : «Taxer l’industrie des énergies fossiles qui continue d’engranger des profits records en toute impunité, taxer le carburant du transport maritime international, instituer un impôt mondial sur la fortune ou taxer les transactions financières…» Autant de pistes qui restent à négocier.



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Charlotte Lambert

Voyageuse d'idées et jongleuse de mots, je suis Charlotte Lambert, une Spécialiste de l'Art de Rédiger tissant des histoires qui transcendent les frontières. Mon parcours à l'Institut Catholique de Toulouse a été le ferment de ma passion pour l'écriture. Tel un guide littéraire, j'explore les méandres des organisations internationales, les échos des événements mondiaux, les trésors du système éducatif, les énigmes des problèmes sociaux, et les horizons infinis du voyage. Mon stylo danse entre les lignes, infusant chaque article d'une authenticité inébranlable. Joignez-vous à moi dans ce périple où les mots sont les balises qui éclairent le chemin de la compréhension mondiale, où l'événementiel devient un kaléidoscope de perspectives, où l'éducation se dessine avec la richesse de l'avenir, où les enjeux sociaux prennent une nouvelle dimension et où chaque page est un pas vers l'ailleurs.

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