Éducation

Les actions dans les zones d’éducation prioritaire – Thot


En France et dans bien d’autres pays, il existe des zones d’éducation dites « prioritaires », les ZEP. Dans ces zones, des dispositifs particuliers sont mis en place pour réduire les écarts observés au niveau national. C’est ainsi que plusieurs enseignants de l’Académie de Créteil, par exemple, bénéficient de primes particulières pour les encourager à travailler dans ces zones. Également, il existe des solutions d’accompagnement comme l’« étude » ou le « pacte » qui sont des missions complémentaires des enseignants dans ces zones.

L’étude est prise en charge par la mairie et le « pacte » par le gouvernement. Pendant ces heures supplémentaires, les enfants en difficulté sont pris en charge par des enseignants. Ce dispositif est censé améliorer les résultats des apprenants; mais est ce vraiment le cas? 

De la  classification des zones prioritaires dans l’éducation

La création des zones d’éducation prioritaires en France date de 1981. Cette décision est la conséquence d’un échec scolaire avéré dans des environnements précis comme le résume ce texte sur le site Eduscol :

« Des travaux de sociologie ont ainsi révélé l’importance de l’origine sociale des élèves, en insistant notamment sur le rôle joué par « l’environnement familial et social », et plus particulièrement par le niveau d’instruction des parents sur la réussite scolaire. Ces recherches montrent également comment inégalités sociales et disparités spatiales se conjuguent et se renforcent. De fait, elles conduisent à la concentration d’élèves ayant de grandes difficultés scolaires au sein de certaines zones.»

Le concept de zone d’éducation prioritaire s’est ensuite exporté et atteint des pays comme le Cameroun. En 2005, le gouvernement camerounais adopte ce terme pour désigner  des zones ayant besoin d’accompagnements particuliers : les provinces de l’Extrême- Nord, du Nord, de l’Adamaoua, du Sud-Ouest et du Nord-Ouest, les poches de sous-scolarisation des grandes agglomérations et des zones frontalières. Mais en 2013, Herrick MOUAFO DJONTU fait remarquer après une étude du terrain que ce concept est resté plus un slogan et n’a vraiment pas été appliqué au Cameroun. Ce qui n’est pas le cas de la France. 

De 1981 à 2022, on est passé de zone du concept d’éducation prioritaire (ZEP) à celui de réseaux d’éducation prioritaire et réseaux d’éducation prioritaire renforcée  (REP et REP+), en passant par les «réseaux ambition réussite» et «réseaux de réussite scolaire» (RAR et RRS ) et,  les écoles, collèges, lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite (ÉCLAIR). Toutes ces solutions ont certainement eu des effets positifs mais n’ont pas permis de réduire les écarts si on se réfère aux nombre d’établissements scolaires concernés. On est passé de 3 730 écoles et 503 collèges et lycées concernés en 1982  à 6 636 écoles et 1 092 collèges et lycées en 2022.

Ce bilan mitigé est en partie dû au fait que les principales causes des échecs sont souvent hors de l’école.  Le déséquilibre scolaire puise ses origines dans d’autres déséquilibres.

  • Le déséquilibre entre la vie professionnelle et la vie familiale des parents

    Parmi les élèves qui font l’étude, nombreux sont sélectionnés sur la base de l’absence de disponibilité des parents qui travaillent toute la journée. Les enfants ne pouvant pas rentrer et être seuls à la maison, ils sont obligés de rester à l’école afin d’attendre le retour des parents en famille. Il manque donc un équilibre entre la vie professionnelle et la vie familiale des parents. Ce qui peut déjà impacter négativement la propre productivité des parents mais aussi créer un écart entre les enfants et les parents. 

    Il faut reconnaître que certains des enfants vivent au sein des familles monoparentales et ne comptent que sur un des parents, ce qui pousse ledit parent à travailler doublement. D’où le déséquilibre au niveau parental.

  • Le déséquilibre au niveau de la structure familiale

    Nombre d’enfants dans les zones  d’éducation prioritaires ont des « parents par défaut », c’est-à-dire des parents qui s’occupent seuls de leurs enfants, sans la présence d’un conjoint. L’impact de cette monoparentalité est énorme. Laurette Cretin, dans un article intitulé « Les familles monoparentales et l’école : un plus grand risque d’échec au collège?»  constate que

    « Les élèves vivant en famille monoparentale sont ainsi moins nombreux à parvenir en seconde générale et technologique quatre ans après leur entrée au collège : moins de la moitié des élèves vivant avec un seul de leurs deux parents est scolarisée en classe de seconde générale et technologique quatre ans après leur entrée en sixième, alors que les deux tiers des élèves vivant avec leurs deux parents le sont. Cette situation s’explique notamment par un risque de redoublement au collège plus élevé : lorsqu’ils vivent en famille monoparentale, 15 % des élèves ont connu au moins un redoublement durant les quatre premières années d’études secondaires contre seulement 8 % des collégiens élevés par leurs deux parents.”

  • Le déséquilibre infrastructurel

    Les zones d’éducation prioritaire sont généralement des zones moins nanties en termes d’infrastructures et de moyens. C’est le cas du Cameroun où il manque des salles de classe dans les zones concernées.

    En France,  plusieurs écoles manquent de matériel. À titre d’illustration, dans plusieurs écoles du département de la Seine Saint-Denis, vous trouverez une photocopieuse par école et qui,  très souvent tombe en panne et est réparée après des semaines; ce qui ne facilite pas le travail des encadreurs.

    Non seulement le matériel est insuffisant mais les parents sont parmi les plus pauvres, que ce soit en France, en Belgique ou ailleurs . Du coup, ils ont du mal à procurer les outils nécessaires pour la bonne éducation de leurs enfants. Ces parents sont la plupart du temps des immigrés et moins instruits par rapport aux autres parents (Cretin, 2012).

    Face à ces déséquilibres, on peut comprendre ce bilan mitigé des politiques d’accompagnement dans les zones dites prioritaires.  Toutefois, quelques solutions peuvent être améliorées ou appliquées.

Solutions

  • Doter ces établissements en infrastructures et matériels suffisants.

    Étant donné que l’on ne peut pas instruire les parents, on peut tout au moins doter ces écoles en infrastructure de qualité afin de faciliter le travail des enseignants. Les enseignants qui bénéficient de primes en REP+ pouvant aller jusqu’à 500 euros se trouvent souvent obligés d’acheter le matériel par leurs propres moyens : se procurer une imprimante, avec les charges que cela comporte, acheter des rames de papier etc. Ainsi, on peut comprendre que malgré les avantages accordés aux enseignants, que ces zones soient toujours en manque d’effectifs.

  • Accompagner davantage les familles monoparentales afin qu’elles puissent suivre des enfants.

    Un enfant mal instruit peut devenir une charge pour la société. Ainsi, il vaut mieux anticiper en aval en investissant dans son encadrement  au sein de la famille afin d’éviter qu’il ou elle ne devienne une charge.

    On ne peut non plus obliger les couples à rester ensemble mais on peut multiplier les nombres d’assistants sociaux afin d’accompagner les parents seuls et volontaires à suivre l’éducation de leur progéniture.

  • Contextualiser le concept de zone d’éducation prioritaire.

    Au Cameroun ou dans d’autres pays  qui ont importé le concept, un contenu adapté doit être élaboré et ensuite appliqué en plus de la dotation en infrastructures et en personnel qualifié.  

Au demeurant, le déséquilibre observé en éducation est la conséquence directe de plusieurs déséquilibres qui entourent l’environnement immédiat de l’apprenant. Il n’est pas suffisant d’accompagner les élèves uniquement à l’école mais  de  trouver des solutions également hors du cadre scolaire.

Références: 

Karien Guy, 2019 , «Le parent par défaut: Un équilibre unique à chaque famille » 
http://mamanbooh.com/2019/09/le-parent-par-defaut-un-equilibre-unique-a-chaque-famille.html

Cretin Laurette, 2012, « Les familles monoparentales et l’école : un plus grand risque d’échec au collège ? », DEPP B1 – Bureau des études statistiques sur les élèves
https://archives-statistiques-depp.education.gouv.fr/default/digitalCollection/DigitalCollectionAttachmentDownloadHandler.ashx?parentDocumentId=48028&documentId=48029

Eduscol, (2022), « Éducation prioritaire – repères historiques »,  https://eduscol.education.fr/3568/education-prioritaire-reperes-historiques

Friant,Nathanaël et al (2008), « Les politiques d’éducation prioritaire en Belgique : deux modes de régulation des effets d’une logique de marché »,  https://books.openedition.org/enseditions/1927?lang=fr

MOUAFO DJONTU, Herrick (2013), “La notion de Zones d’Éducation Prioritaires (ZEP) au Cameroun : entre impensé, bricolage et informalité.”, https://www.irenees.net/bdf_fiche-analyse-1004_fr.html



Voir plus d’articles de cet auteur



Source link

Charlotte Lambert

Voyageuse d'idées et jongleuse de mots, je suis Charlotte Lambert, une Spécialiste de l'Art de Rédiger tissant des histoires qui transcendent les frontières. Mon parcours à l'Institut Catholique de Toulouse a été le ferment de ma passion pour l'écriture. Tel un guide littéraire, j'explore les méandres des organisations internationales, les échos des événements mondiaux, les trésors du système éducatif, les énigmes des problèmes sociaux, et les horizons infinis du voyage. Mon stylo danse entre les lignes, infusant chaque article d'une authenticité inébranlable. Joignez-vous à moi dans ce périple où les mots sont les balises qui éclairent le chemin de la compréhension mondiale, où l'événementiel devient un kaléidoscope de perspectives, où l'éducation se dessine avec la richesse de l'avenir, où les enjeux sociaux prennent une nouvelle dimension et où chaque page est un pas vers l'ailleurs.

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button