Cinéma

CRITIQUE – “Le Consentement” au cinéma : fallait-il porter le récit de … – France Inter


Vanessa Filho porte à l’écran le récit de Vanessa Springora, dont le retentissement en 2020, a mis fin à l’immunité dont jouissait Gabriel Matzneff et à ses activités pédocriminelles. Avec Jean-Paul Rouve dans le rôle du prédateur, Kim Higelin dans celui de Vanessa Springora. Adulte, elle est incarnée par Elodie Bouchez et Laetitia Casta dans le costume peu flatteur de sa mère. Le film, au scénario duquel Vanessa Spingora a participé, suit très fidèlement la chronologie du livre. Tout commence par un dîner en ville où sont présentes Vanessa, lycéenne de quatorze ans, sa mère, une alcoolique mondaine, et Matzneff, 50 ans, qui parade devant un public acquis et au retour dans la voiture, quand l’auteur de “Les moins de seize ans” met la main sur sa jeune proie, c’est à peine si la mère exprime une réprobation. D’ailleurs, elle finira par les accueillir ensemble à sa table. Le film raconte comment, peu à peu, Vanessa va subir l’emprise de Matzneff jusqu’au jour où elle se révolte et que passe à la télévision un extrait de la fameuse émission d’Apostrophes où Denise Bombardier prend violemment à partie Gabriel Matzneff.

L’argument des producteurs était que ce film permette à d’autres victimes de se reconnaître, de se libérer et d’avancer.

Pour Ariane Allard, le film n’est pas aussi puissant que le livre

Il y a des films qu’Ariane Allard aimerait ne pas avoir vus et celui-là en fait partie, car le film n’est selon elle vraiment pas à la hauteur attendue du livre : “Il y a le sujet, il y a le livre, et ce film n’a absolument pas la puissance du livre. Je ne lui reproche pas d’avoir essayé de passer des mots à l’image, mais il y a ce qu’on raconte et la façon dont on le raconte. Dans le livre, les mots étaient d’une telle lucidité, implacable, qu’il a vraiment été un électrochoc. Ici, la réalisatrice n’a pas cherché à mettre en scène le livre, elle a cherché à l’illustrer. Pour retranscrire à l’écran cette onde de choc, elle joue la frontalité de l’image avec énormément de scènes de nudité et de sexe qui sont glauquissimes, et tant mieux, mais à un moment donné, j’ai été vraiment frappée par un climat de gêne persistante qui s’est installée.

Le regard qu’elle porte sur cette jeune fille frémissante, gracile, curieusement répercute le male gaze, le fantasme masculin, ce qui m’a glacé. Sinon Jean-Paul Rouve est effrayant à souhait, il réussit à être insoutenable et livre une prouesse cinématographique inouïe”.

Charlotte Lipinska salue une adaptation courageuse et difficile

Pour la critique du magazine Vogue, il est très difficile d’adapter un tel récit, c’est pourquoi elle ne peut pas s’empêcher de saluer la réalisatrice et les comédiens d’avoir essayé de mettre en scène ce livre : “Ce qui m’a beaucoup intéressée, c’est de voir à quel point les valeurs s’étaient complètement inversées entre hier et aujourd’hui. On est à la fin des années 1980-début 1990, une époque où on plaçait la littérature au-dessus de la morale. C’était illégal, mais dans un certain milieu, ces rapports étaient tolérés. Aujourd’hui, c’est toujours illégal, mais ça n’est plus tolérable et tant mieux.

Ce qui est très difficile, c’est de voir cela avec notre regard de 2023, qui fait que ça paraît complètement fou dans les réactions des personnages mise en scène. C’est ce qui fait que c’est difficile pour nous de se mettre dans le regard d’une jeune fille adolescente de 13 ans qui va tomber amoureuse de cet homme-là, de comprendre qu’elle en tombe amoureuse et encore plus avec nos valeurs d’aujourd’hui. Quant à Jean-Paul Rouve, il fait le job et le film a au moins le mérite de replacer Gabriel Matzneff dans l’histoire à la juste place qu’il mérite, à savoir celle d’un ignoble pédocriminel et non pas d’un grand écrivain”.

Nicolas Schaller conseille à tous ceux qui ne l’ont pas lu d’aller le voir au cinéma

Le journaliste cinéma pour L’Obs n’avait pas lu le livre et, selon lui, c’est ce qui a fait qu’il a d’autant plus apprécié cette adaptation tant le film l’a aidé à mieux saisir les mécanismes de l’emprise de l’auteure par le romancier et les effets pervers de l’époque : “Il est tellement littéral qu’il m’a presque fait apprécier la qualité que j’imaginais être celle du livre. J’avais très peur et je trouve que toute la première partie, qui est la plus douloureuse, marche vraiment bien. Elle arrive à nous plonger dans cette époque et dans ce regard-là, avec des scènes qui sont assez difficiles à supporter, mais qui ne sont pas si complaisantes que ça. Je trouve plus problématique la deuxième partie où on sent un manque de regard de cinéaste. La déchéance psychologique de cette jeune fille une fois que Matzneff l’a quittée. C’est là qu’il manque une forme qui aurait englobé et rendu le film plus puissant”.

Jean-Marc Lalanne estime que la puissance du récit finit par compenser les manquements de mise en scène

Si, selon le critique des Inrocks, le film manque cruellement d’intelligence en termes de construction scénique et dramaturgique, la force du récit initial de Vanessa Springora relève toutes les maladresses cinématographiques et rendent tout de même le film très saisissant : “Le film prend le risque de se terminer sur des mots qui sont ceux de Vanessa Springora, ce qui l’invalide presque. Le film ne parvient pas à restituer la prédation. Le Consentement manque vraiment de parti-pris, notamment les scènes de prédation sexuelles, qui souffrent d’un manque d’idées. La scénariste essaie plein de choses différentes, mais ça part un peu dans tous les sens et on ne sait pas quoi faire de ces images qui flottent à la surface du film. Le film est vraiment plein de maladresses, et comporte beaucoup de défauts. Mais, malgré tout, la puissance du récit résiste à toutes ces maladresses et défauts qui font que le film conserve un impact assez fort”.

🎧 Écoutez l’ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

“Le Consentement” de Vanessa Filho

9 min

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Antoine Girard

Plongeant dans l'art de la plume avec une passion ardente, je suis Antoine Girard, un Artisan du Blogging tissant des récits qui embrassent le monde. Ma formation à l'École Nationale Supérieure de Chimie de Paris a enrichi ma pensée créative. Tel un alchimiste des mots, je distille des articles de nouvelles internationales tout en explorant un vaste horizon de sujets tels que le droit international, le sport, l'immobilier et l'industrie cinématographique. Transparence est mon credo, chaque article reflétant mon engagement envers l'authenticité. Rejoignez-moi dans ce voyage où les mots évoquent des images vivantes, où le droit se marie avec l'action, où les terrains de jeu se mêlent à l'écran argenté, et où chaque ligne écrit l'histoire de notre monde en mouvement.

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