Problèmes sociaux

“Ne rien laisser passer”: comment les animateurs pour enfants sont … – BFMTV


Les professionnels de l’animation qui s’occupent des mineurs suivent le plus souvent des formation à la prise en charge des violences sexuelles dans le cadre de séjours de vacances ou de centre de loisirs. Mais les mises en pratique restent parfois compliquées.

C’est un acte loin d’être anodin pour les parents: confier un enfant ou un adolescent à des animateurs souvent jeunes et dont ils ne connaissent pas le niveau de qualification ou les expériences professionnelles passées. Le plus souvent, la journée de centre de loisirs ou la semaine de colo se passe sans gros accrocs pour les mineurs accueillis, hormis d’éventuels bobos souvent vite oubliés.

Mais des événements graves émaillent également les accueils collectifs de mineurs (ACM), dont l’activité est particulièrement importante durant l’été: des violences sexuelles peuvent y être commises par des jeunes accueillis, par des membres de l’équipe d’encadrement ou par des personnes tierces.

Sur les 1,25 million de mineurs accueillis en centres de vacances (accueils avec hébergement) sur la saison 2021-2022, le Service pour l’inclusion en accueil des mineurs (Siam) a répertorié 91 événements relatifs à des “affaires de mœurs”, c’est-à-dire portant sur des délits ou crimes à caractère sexuel, parmi 265 faits considérés comme graves, rapportait Ouest-France début juillet.

“Mettre des mots” sur les violences sexuelles

Alors comment faire en sorte que ces actes n’arrivent pas? Que faire si le pire devait advenir? En 2022, plus de 46.000 personnes ont obtenu le fameux Bafa (Brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur), principal sésame pour trouver un poste en centre de loisirs ou en colo. La formation pour le décrocher comprend notamment deux semaines de stage théorique dispensées par des organismes de formation agréés par la Direction de la Jeunesse et des Sports, pendant lesquelles des “modules de maltraitance” sont dispensés, le plus souvent sur une demi-journée, expliquent les responsables de formation interrogés par BFMTV.com.

Optionnel jusqu’ici, le temps spécifique consacré aux violences sexistes et sexuelles (VSS) doit être rendu obligatoire prochainement, après une annonce en ce sens de Sarah El Haïry, alors secrétaire d’État à la Jeunesse, le 10 juillet. Quelques jours plus tôt, elle lançait le dispositif #EnColo, visant à assurer un affichage de prévention dans les ACM cet été.

“On est sur des méthodes participatives”, indique Guillaume Rousseau, responsable national des formations à l’UFCV (Union française des centres de vacances), le principal organisme organisateurs des stages Bafa. Chaque année, 35.000 stagiaires suivent leurs formations, au cours desquelles le traitement des violences sexuelles est systématiquement abordé.

“On part des représentations des stagiaires, de leurs expériences: on a beaucoup d’histoires qui viennent de l’école, des violences qu’ils ont pu vivre eux-mêmes. Ça fait partie des temps qui bousculent les stagiaires. Certains quittent parfois la salle”, détaille-t-il.

L’objectif, explique-t-il, c’est “d’arriver à des définitions communes et à mettre des mots sur ce que sont les violences sexistes et sexuelles”, au-delà des connaissances de chacun. Le formateur fait d’abord office de médiateur avant de venir renforcer les conclusions des stagiaires par de conseils sur la marche à suivre. Il s’agit d’abord de favoriser un environnement bienveillant et de repérer des signaux faibles: questionnement récurrent des enfants/adolescents sur la sexualité, rapprochement physique ou romantique entre jeunes, mais aussi remarques ou insultes, notamment sexistes ou LGBT-phobes.

De l’écoute de l’enfant au signalement à la gendarmerie

Des moments “sensibles” de la journée sont également mis en exergue: ceux où les mineurs sont amenés à se déshabiller (matin et soir, mais aussi lors de la douche ou des activités aquatiques). Un refus catégorique de se dénuder, ne serait-ce que partiellement, peut également mettre la puce à l’oreille des animateurs concernant des traumatismes plus ou moins récents.

“Le moment du coucher, c’est aussi un moment où il y a plus d’intimité et les enfants peuvent confier des choses”, selon Guillaume Rousseau, qui précise que les animateurs doivent aussi être prêts à accueillir la parole des enfants sur des violences subies en dehors de l’ACM.

Pour favoriser ces moments d’échange, les animateurs sont encouragés à aborder les thèmes liés à la sexualité s’ils l’estiment nécéssaires, voire dès l’arrivée des enfants et/ou adolescents, et avec l’intégralité du groupe au besoin. L’établissement des règles du vie communes, en début de séjour, peut être un moment propice pour rappeler les règles en matière de mixité, de temps passé dans les chambres ou tentes des autres, ainsi que de consentement.

Mais dans les cas où une violence se produit, les stagiaires doivent être réactifs: “Il faut d’abord prendre en charge l’enfant dès qu’on a l’information et rapporter [l’événement] à la hiérarchie”. Il est également possible d’appeler le 119 [Service national d’accueil téléphonique pour l’enfance en danger, NDLR] “s’ils ont besoin de conseils ou pour faire un signalement”. Dans les cas les plus graves, il est impératif de prendre contact avec la police ou la gendarmerie, une décision qui revient le plus souvent au responsables de la structure. Ce dernier peut aussi acter la suspension d’un animateur.

“La consigne, c’est d’écouter mais il ne faut pas modifier la parole de l’enfant, qui est potentiellement une scène de crime”, résume Gabriel Berenzon, responsable des structures pour l’Office pour la formation d’animateurs et directeurs de Centres de vacances et de loisirs (OFAC).

“On parle aussi de relations de pouvoir”

Loin d’être cantonnés à la théorie, les aspirants au Bafa sont aussi confrontés aux cas pratiques, via des mises en scène durant lesquelles les stagiaires sont invités à suivre des procédures type, tout en s’adaptant aux nuances de chaque situation: faits rapportés, âge et type de public, auteur(s) potentiel(s).

“On dit aux stagiaires qu’il ne faut rien laisser passer”, affirme Guillaume Rousseau.

Entre leurs deux semaines de formation théorique, ils doivent également effectuer trois semaines de pratique en structure, desquelles ils reviennent souvent bardés d’interrogations.

À l’issue de ces trois phases, “il faut que le stagiaire nous montre qu’il est capable d’assurer la sécurité physique et affective des mineurs. S’il ne répond pas à cette obligation, on ne lui valide pas son stage”, explique Gabriel Berenzon.

Les deux directeurs précisent que les animateurs doivent apprendre à ne pas se mettre en porte-à-faux et à se protéger eux-mêmes. Le responsable de l’Ofac précise à ce titre qu’il faut veiller à “ne jamais dire des choses qui pourraient être mal interprétées” ainsi que “ne jamais rester seul avec un enfant”, pour toujours bénéficier de l’appui d’éventuels témoins en cas de dénonciation fallacieuse et surtout d’interprétations erronées de faits rapportés par les enfants, notamment par leurs parents.

Dans tous les temps de la journée, il est d’ailleurs conseillé aux animateurs d’interdire aux jeunes de laisser les portes des lieux de repos (chambres, tentes, infirmerie) fermés pour éviter qu’ils ne deviennent, par leur intimité, des lieux propices aux situations problématiques.

“On parle aussi des relations de pouvoir: un animateur ne doit pas sortir avec une jeune par exemple”, souligne Gabriel Berenzon. Une remarque d’autant plus d’actualité que l’âge pour s’inscrire Bafa a été abaissé de 17 à 16 ans en octobre 2022, notamment pour augmenter le nombre d’animateurs qualifiés dans un contexte de manque de main d’oeuvre, et qu’un animateur peut virtuellement être plus jeune qu’un groupe qu’il encadre.

Malaise persistant chez certains animateurs

Si le Bafa est la voie principale pour devenir animateur, elle n’assure pas pour autant que tous ses titulaires soient disposés à gérer efficacement des cas de violences sexuelles.

“Les autres animateurs m’ont souvent dit: ‘moi je ne suis pas à l’aise avec ces questions, est-ce que tu peux t’en occuper'”, explique Cannelle Madere, animatrice et titulaire d’un DUT carrière sociale option animation sociale et socio-culturelle, qui lui permet d’exercer des fonctions de direction dans les ACM. Elle assure qu’elle-même n’a jamais été formée sur les questions de violences sexistes et sexuelles, et qu’elle a dû trouver des ressources auprès d’organismes extérieurs. Si bien qu’aujourd’hui, ses collègues la considèrent souvent comme “la spécialiste” en la matière. Elle envisage d’ailleurs de se spécialiser dans la formation des aspirants animateurs aux violences sexistes et sexuelles.

À 22 ans, elle exerce depuis quatre ans en structure et pointe des manques chez un certain nombre d’animateurs avec qui elle a travaillé, qui expliquent souvent ne pas avoir été formés au cours de leur Bafa: “Il y a des animateurs qui ont eu des prêtres pour les former sur les questions de sexualité, et puis les plus vieux qui n’ont pas été formés du tout… C’est compliqué”.

“Aujourd’hui, c’est vrai que les plus jeunes animateurs sont plus alertes sur ces questions, mais pas forcément mieux formés”, juge-t-elle.

Cannelle Madere regrette aussi que certains jeunes professionnels ou stagiaires n’adoptent pas les bonnes postures face aux jeunes: “Il y a souvent un animateur pour qui les filles vont dire ‘waouh il est trop beau’, et se rapprocher de lui, mais il faut que l’animateur pose les limites. Certains ne le font pas et c’est très gênant”.

En mars 2022, dans le sillon du mouvement #MeToo, un #MeTooAnimation est apparu en France, dénonçant l’omerta sur les violences d’animateurs envers des jeunes et parfois au sein même des équipes d’encadrement. Lancé par Anissa, une animatrice très active sur les réseaux sociaux (@6nissa, plus de 950.000 abonnés sur TikTok), il a pris la forme d’une association dotée d’un compte Instagram (@metooanimation, aujourd’hui @young_and_safe) où des dizaines de témoignages anonymes de victimes ont été publiés.

En juin 2022, l’association a lancé une pétition demandant la mise en place d’une journée de formation obligatoire sur les violences sexistes et sexuelles, la mise en place de référents dans les centres de loisirs et séjours de vacances, et l’interdiction d’embaucher des personnes mises en cause ou signalées dans des affaires de violences sexuelles.

Depuis 2016, les structures d’ACM ont l’obligation d’indiquer les coordonnées de toutes les personnes amenées à être en contact avec des mineurs à la Direction de la Jeunesse et des sports, afin de s’assurer qu’ils n’aient pas été condamnés dans des affaires de violences sexuelles.

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Charlotte Lambert

Voyageuse d'idées et jongleuse de mots, je suis Charlotte Lambert, une Spécialiste de l'Art de Rédiger tissant des histoires qui transcendent les frontières. Mon parcours à l'Institut Catholique de Toulouse a été le ferment de ma passion pour l'écriture. Tel un guide littéraire, j'explore les méandres des organisations internationales, les échos des événements mondiaux, les trésors du système éducatif, les énigmes des problèmes sociaux, et les horizons infinis du voyage. Mon stylo danse entre les lignes, infusant chaque article d'une authenticité inébranlable. Joignez-vous à moi dans ce périple où les mots sont les balises qui éclairent le chemin de la compréhension mondiale, où l'événementiel devient un kaléidoscope de perspectives, où l'éducation se dessine avec la richesse de l'avenir, où les enjeux sociaux prennent une nouvelle dimension et où chaque page est un pas vers l'ailleurs.

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