Éducation

Education populaire : sans moyens suffisants, le secteur risque «de … – Libération


Le secteur associatif souffre d’une baisse des subventions de l’Etat. David Cluzeau, directeur du principal syndicat du secteur, alerte sur le besoin d’un financement pérenne.

Dans un contexte d’inflation et de baisse des aides, le secteur de l’éducation populaire – le monde associatif agissant dans des domaines aussi variés que le soutien scolaire, l’insertion par le sport, l’accès à la culture ou la formation professionnelle – est fragilisé. Pour David Cluzeau, directeur d’Hexopée, syndicat des employeurs de l’animation et de l’éducation populaire, il est urgent de maintenir un mécanisme de solidarité nationale pour ne pas accroître les inégalités face à l’éducation.

Dans une pétition de mai 2023, à l’initiative des «élus et employeurs pour l’animation et l’éducation populaire», vous parlez de «crise économique et financière inédite et profonde» du secteur. Quelles en sont les causes ?

La première raison est l’inflation qui a pesé sur l’ensemble des coûts des associations. Dans la branche de l’éducation populaire, on a essayé d’augmenter les salaires en fonction de l’inflation, donc les charges des associations ont augmenté. Parallèlement, les financements ont baissé. Les collectivités territoriales avaient moins de ressources et leurs dotations globales n’ont pas été suffisamment rehaussées. Même quand elles en ont la volonté, leur capacité à soutenir les acteurs associatifs est amoindrie.

Cette crise inédite suit celle du Covid, période durant laquelle les associations ont puisé dans leurs réserves pour se maintenir à flot, en plus du soutien précieux de l’Etat. Certaines ont utilisé ses mécanismes proposés, comme les prêts, qu’il faut maintenant rembourser. Cette situation économique est extrêmement périlleuse. En début d’année, notre baromètre montrait qu’un quart des associations de l’éducation populaire était en situation financière préoccupante puisqu’elles n’avaient pas plus de trois mois de trésorerie pour couvrir leur exploitation. S’ajoute à cela le fait que les usagers ont, eux aussi, moins de ressources. Dans une situation inflationniste importante, le choix du loisir ou éducatif n’est pas toujours la priorité.

Quelles sont les conséquences de ces baisses de ressources ?

Pour le moment, les associations s’en sortent à peu près car elles continuent à puiser dans leurs réserves. Mais il y a la difficulté à pouvoir réinvestir ou à mener de nouveaux projets. Une conséquence peut aussi être la diminution des capacités d’accueil des publics et de la proposition de services. Pour le moment, ce n’est pas un tsunami, mais il faut être vigilant.

Y a-t-il eu des changements récents qui vont dans le bon sens ?

Ce n’est pas suffisant, mais il y a eu des signes positifs. Notamment des annonces gouvernementales, comme la mise en place du «pass colo» [le dispositif, annoncé par la ministre des Solidarités et des Familles Aurore Bergé et effectif dès 2024, doit être doté de 200 à 350 euros par enfant, ndlr]. Cette aide s’inscrit dans le cadre de la convention d’objectifs et de gestion signée entre la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF) et l’Etat au début de l’été. Mais la question de la capacité d’intervention des collectivités territoriales n’est pas résolue. Concernant les financements des associations de l’éducation populaire, nous avons l’habitude de dire qu’un tiers vient de la CNAF, un tiers des collectivités et un tiers des usagers.

Face à cette situation, quelles sont vos revendications ?

Nous appelons à la mise en place d’une conférence des financeurs. Il s’agirait d’une réunion de l’ensemble des financeurs de l’animation et de l’éducation populaire. Ce serait l’occasion d’échanger, pour préparer chaque année des projets de loi de finances, mais aussi pour mieux utiliser les moyens attribués sur l’ensemble du territoire. Parallèlement, il faudrait inscrire une soutenabilité des modèles économiques des associations, en engageant des financements pluriannuels pour mener sur plusieurs années des activités financées avec des subventions, ou dans le cadre de marchés publics.

Pourquoi est-ce important de soutenir le secteur de l’éducation populaire ?

L’éducation populaire intervient, en complément de l’école, pour favoriser l’émancipation de tous les citoyens. Il ne s’agit pas de leur dire comment penser, mais de leur donner des éléments pour penser de manière autonome. Nous sommes persuadés que si l’éducation populaire se ravive, ce serait une solution. Les gens comprendraient mieux le monde et seraient plus en capacité d’agir.

Des situations émeutières comme celles du début de l’été pourraient être évitées. On lutterait aussi contre le complotisme ambiant, en redonnant sa place à un examen critique, raisonné et fondé sur le doute. Cela commence dès le plus jeune âge, avec des accueils de loisirs et éducatifs qui permettent de lutter contre les inégalités face à l’éducation.

Quels sont les principaux risques si rien n’est fait ?

Si la tendance à la baisse se poursuit, le danger est la fermeture d’une partie de ce que propose l’éducation populaire à une tranche de la population. Le risque est de revenir à un service complètement marchand avec des coûts de services. Un certain nombre de personnes ne pourront plus y accéder aussi facilement qu’aujourd’hui. Alors qu’un des enjeux de l’éducation populaire est l’accès à la culture, à l’éducation et aux loisirs pour tous. Pour faire son œuvre, elle doit s’appuyer sur un mécanisme de solidarité nationale important qui passe par l’attribution de fonds publics suffisants.



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Charlotte Lambert

Voyageuse d'idées et jongleuse de mots, je suis Charlotte Lambert, une Spécialiste de l'Art de Rédiger tissant des histoires qui transcendent les frontières. Mon parcours à l'Institut Catholique de Toulouse a été le ferment de ma passion pour l'écriture. Tel un guide littéraire, j'explore les méandres des organisations internationales, les échos des événements mondiaux, les trésors du système éducatif, les énigmes des problèmes sociaux, et les horizons infinis du voyage. Mon stylo danse entre les lignes, infusant chaque article d'une authenticité inébranlable. Joignez-vous à moi dans ce périple où les mots sont les balises qui éclairent le chemin de la compréhension mondiale, où l'événementiel devient un kaléidoscope de perspectives, où l'éducation se dessine avec la richesse de l'avenir, où les enjeux sociaux prennent une nouvelle dimension et où chaque page est un pas vers l'ailleurs.

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