Politique

Jack Ma, fondateur d’Alibaba : l’homme qui a osé défier le … – Capital.fr


Connus, méconnus, ou totalement inconnus du grand public, ils ont déclenché des révolutions industrielles et sociales, créé des millions d’emplois, lancé des produits qui ont amélioré notre quotidien… Cet été, Capital vous emmène à la rencontre de 15 grands patrons qui ont chacun à leur façon marqué de leur empreinte l’histoire du business. Notre 11e épisode consacré à Jack Ma né en 1964.

Il incarne désormais l’exemple à ne pas suivre pour tous ceux qui oseraient critiquer le gouvernement chinois. Car dans l’Empire du milieu, même l’homme le plus riche n’a pas les moyens de remettre en question la stratégie économique du pays. Jack Ma, 59 ans, est le fondateur du site de vente sur Internet Alibaba, créé en 1999. Grâce à lui, d’innombrables PME chinoises ont connu de folles croissances, trouvant de nouveaux débouchés pour leurs produits. Alibaba représente encore aujourd’hui la première plateforme d’e-commerce en Chine, où se réalise 90% de son chiffre d’affaires en 2023.

En deux décennies d’existence, le groupe a muté en un conglomérat de la tech rassemblant des boîtes opérant dans l’intelligence artificielle, les services digitaux, les médias & divertissements ainsi que le cloud computing (serveurs), une branche dont le géant s’apprête à se séparer, au grand étonnement de tous. Son chiffre d’affaires atteint plus de 120 milliards de dollars en 2023 (année fiscale close en mars 2023). Le groupe, qui emploie plus de 200.000 personnes, est partout à l’offensive. Y compris en France.

Ancien professeur d’anglais, Jack Ma est ainsi devenu la première fortune du pays. Par le passé, on l’a vu ainsi débattre d’égal à égal avec Mark Zuckerberg et Elon Musk lors de grandes conférences internationales. Forbes estime la fortune de Jack Ma à près de 25 milliards de dollars. Pourtant en 2020, cette somme atteignait les 61 milliards de dollars… et a fondu d’un coup comme neige au soleil. Que s’est-il passé le 24 octobre de cette année ? Rétrospective…


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Le discours qui a changé le cours de sa vie

Vingt et une minutes et trente secondes : c’est la durée du discours qui a changé le cours de sa vie. Et qui a peut-être marqué un tournant dans l’histoire contemporaine du capitalisme chinois. La scène se déroule à Shanghai. L’homme d’affaires a été invité à s’exprimer dans le cadre du Bund Summit, une sorte de Davos local organisé à l’initiative conjointe de plusieurs grandes institutions financières. A 11h15 précises, costume bleu marine, chemise blanche et cravate, il s’installe derrière le pupitre. La session est filmée afin de permettre aux nombreux participants étrangers, comme l’ancien premier ministre Tony Blair, le Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz ou l’ancien président de la BCE Jean-Claude Trichet, de suivre l’évènement en visioconférence.

Sur le grand écran de la salle, Jack Ma est présenté comme le coprésident d’un panel des Nations unies chargé de réfléchir à la coopération numérique et au développement durable. Logique : il a quitté la direction opérationnelle d’Alibaba en septembre 2019 pour se consacrer, à l’exemple de son ami Bill Gates, à des tâches philanthropiques. En réalité, il suit encore les affaires de très près et notamment la prochaine introduction en Bourse de la branche financière du groupe, ANT, qui doit sa réussite à l’application de paiement sur mobile Alipay (1 milliard d’utilisateurs !). Il détient personnellement 11% des actions de cette activité. Si tout se passe bien, il va toucher le jackpot. Cette participation est estimée à cet instant autour de 26 milliards de dollars. La veille au soir, il a participé à une réunion dont l’objet était de fixer le prix d’introduction de l’action ANT.

Jack Ma marche sur l’eau, persuadé que sa fortune va encore bientôt faire un nouveau bond en avant. Ses discours sont toujours très attendus car il est coutumier des formules chocs. Mais ses sujets de prédilection, le management ou l’éducation, ne font pas de vagues. Cette fois, il a décidé de changer de registre. Il veut dénoncer les faiblesses du système financier chinois. C’est osé. Dans la salle comme devant les écrans, l’événement est retransmis en direct, tous les responsables concernés du pays s’apprêtent à l’écouter. A commencer par Yi Gang, le gouverneur de la banque centrale du pays !


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L’introduction en Bourse d’ANT Group bloquée par les autorités

S’exprimant en mandarin, il enchaîne les “punchlines”. “Je suis pratiquement à la retraite aujourd’hui, prévient-il d’entrée, j’ai pensé que je pourrais parler librement dans ce forum et partager les opinions d’un non-spécialiste… Notre pays est confronté à un risque posé par l’absence d’un système financier solide. Aujourd’hui, le monde entier, et en particulier la Chine, a besoin de plus d’experts en politique et de moins d’experts en bureaucratie… il n’est pas difficile de réglementer, ce qui est difficile, c’est de mettre en place une réglementation qui atteigne l’objectif de produire un développement sain et durable.” Et de fustiger la mentalité de “prêteurs sur gage” des banques chinoises “qui aiment accorder des prêts aux bonnes entreprises, celles qui n’ont pas besoin d’argent.”

Avec ce discours, Jack Ma franchit une ligne rouge. Sans le savoir ? A-t-il été grisé par ses succès au point de perdre toute lucidité politique ? Ou, au contraire, a-t-il tenté, comme le supposent aujourd’hui certains de ses proches, un ultime coup de poker pour stopper des mesures négatives à son égard dont il aurait été informé ? Si tel est le cas, c’est raté : Pékin lui fait payer très cher et très vite ce discours critique. D’autant qu’il a décidé de mettre ses géants de la tech sous contrôle. Selon le Wall Street Journal, c’est même Xi Jinping en personne qui demande de sanctionner Jack Ma.

Le 3 novembre, deux jours seulement avant le jour J, les autorités bloquent l’introduction en Bourse, à Shanghai et à Hong Kong, d’ANT Group, qui promettait de battre le record du monde de levée de fonds détenu par le groupe pétrolier saoudien Aramco. Sur les marchés financiers, la sanction est immédiate : le cours de l’action Alibaba s’effondre. A Wall Street, sa valeur va être divisée par 3,4 entre son plus haut historique enregistré le 23 octobre, veille du discours fatal, et avril 2022. En parallèle, l’administration d’Etat pour la régulation des marchés lance une enquête pour “suspicion de pratiques monopolistiques” contre Alibaba. L’addition est salée : en avril 2021, le régulateur du commerce lui inflige une amende de 2,3 milliards d’euros pour abus de position dominante. La fortune de Jack Ma, indexée en grande partie sur le cours de l’action Alibaba, plonge.

Jack Ma disparaît des écrans radars

Les rumeurs les plus folles se mettent à courir. Jack Ma serait soumis à une reprise en main musclée comme ont pu l’être d’autres dirigeants avant lui. En tout cas, il disparaît des écrans radars : on cesse de le voir, on ne l’entend plus. Son agenda s’allège drastiquement.

Les journalistes du quotidien Financial Times en apportent la preuve dans un article publié le 21 mars 2021. L’application RadarBox leur a permis de reconstituer les déplacements du Gulfstream G650, l’avion d’affaires qu’il s’est offert en août 2020 pour un montant voisin de 75 millions de dollars. Après avoir vérifié que les mouvements de l’appareil correspondent bien à son agenda officiel, ils pointent un fort ralentissement des vols après le 24 octobre 2020. D’un tous les trois jours entre le 15 août et le 29 octobre, leur nombre tombe à un par semaine entre le 1er novembre et le 26 février 2021. Surtout, ces déplacements changent clairement de nature. Exemple : le 25 octobre, dès le lendemain de son discours, Jack Ma s’envole pour Pékin où il séjourne quatre jours. L’hypothèse la plus vraisemblable : il a été convoqué pour s’expliquer.

Il réapparaît pour parler agriculture durable

Trois mois après son discours fatidique, Jack Ma réapparaît en public, le 20 janvier 2021 à l’occasion d’une visioconférence avec une centaine d’enseignants de zones rurales selon le journal chinois Tianmu News. Quelle que soit la nature des échanges entre le gouvernement et Jack Ma, ce dernier semble avoir définitivement délaissé les affaires pour les sujets d’agriculture durable. Un intérêt qu’il avait déjà développé dans son vignoble français du Château de Sours, où il avait installé une ferme de permaculture.

Les apparitions fugaces de Jack Ma dans le monde ne sont que rarement commentées. Il réalise des voyages dans des universités à Hong Kong, au Japon, au Rwanda ou encore à Israël, dans le but d’approfondir ses connaissances dans les technologies agricoles. L’ancien magnat du e-commerce rentre pour la première fois en Chine en mars dernier après un an à l’étranger. Et son pays natal ne lui réserve pas un bon accueil. Le temps où le fondateur d’Alibaba semblait bénéficier de la bénédiction des autorités communistes et notamment de Xi Jinping arrivé au pouvoir en 2014 est désormais bien lointain.


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Une nouvelle amende pour ANT Group

Le 7 juillet 2023, le gouvernement chinois impose une amende de 7,12 milliards de yuans (984 millions de dollars) à ANT Group, selon un communiqué de la Banque centrale chinoise. Le motif invoqué est la violation dans les domaines du paiement, du règlement, de la lutte contre le blanchiment d’argent et de la vente de fonds. D’autres établissements financiers chinois ont également été sanctionnés, en guise d’avertissement, comme La Postal Savings Bank of China, Ping An Bank et PICC Property, informe Reuters.

Jusqu’en janvier 2023, Jack Ma était encore le PDG d’ANT Group en détenant 53% des parts qu’il a cédé suite à un accord conclu avec l’entreprise. Aujourd’hui, Jack Ma n’exerce plus aucune fonction au sein de ses nombreuses entreprises qu’il a créées ou contrôlées. Et qui sait dans quelle mesure Pékin s’emploie à le faire végéter sagement dans son enseignement agricole ?

Sa trajectoire fulgurante reflète aussi l’irrésistible montée en puissance de la Chine

1978 : Le président Deng Xiaoping ouvre les portes de la Chine. Le jeune Ma Yun, 14 ans, part à la rencontre des premiers touristes qui visitent Hangzhou pour perfectionner son anglais.

1984 : Il réussit le Gaokao (l’équivalent du bac) et entre à l’université, le Hangzhou Teachers College.

1988 : Il devient assistant professeur d’anglais à l’Institut de technologie électronique de Hangzhou.

1994 : Il crée sa première entreprise, la Haibo Translation Agency, pour aider les entreprises à nouer des contacts à l’étranger.

1995 : Lors d’un voyage aux Etats-Unis, il découvre Internet. Il crée China Pages, un site qui propose aux entreprises chinoises de les présenter à l’exportation.

1997 : Jack Ma entre au ministère du Commerce extérieur et de la Coopération économique et supervise la création de plusieurs sites officiels.

1999 : Il crée Alibaba, un site d’e-commerce destiné aux PME chinoises. La banque américaine Goldman Sachs et le japonais SoftBank entrent au capital de l’entreprise.

2003 : Alibaba lance Taobao.com, un site concurrent de la plateforme eBay en Chine.

2004 : Lancement du système de paiement Alipay.

2006 : eBay quitte la Chine.

2007 : Alibaba entre à la Bourse de Hong Kong.

2009 : Le 11 novembre, le Single Day, “jour des célibataires”, instauré dans les années 1990, devient le festival mondial du shopping.

2014 : Alibaba entre à Wall Street.

2015 : Alibaba achète le South China Morning Post.

2019 : Jack Ma se met en retrait du management d’Alibaba pour se consacrer à des activités de philanthropie.



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Lucas Leclerc

Tel un mélodiste des pixels, je suis Lucas Leclerc, un Compositeur de Contenus Digitaux orchestrant des récits qui fusionnent la connaissance et l'imagination. Mon passage à l'Université Catholique de Lyon a accordé une symphonie à ma plume. Telle une partition éclectique, mes écrits se déploient des arcanes de la sécurité internationale aux méandres de la politique, des étoiles de la science aux prédictions des bulletins météo. Je navigue entre les lignes avec la même aisance qu'un athlète soucieux de sa santé. Chaque article est une note de transparence, une mélodie d'authenticité. Rejoignez-moi dans cette composition numérique où les mots s'entremêlent pour former une toile captivante de connaissances et de créativité, où la sécurité mondiale danse avec les étoiles, où les sphères politiques se fondent avec la météorologie, et où chaque paragraphe est une sonate pour la compréhension globale.

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