Politique

Analyse | À mi-mandat, Tim Houston continue à prendre des risques – Radio-Canada.ca


On oublie parfois à quel point Tim Houston a remporté un pari risqué lorsqu’il est devenu premier ministre de la Nouvelle-Écosse.

D’abord, il faut reconnaître au chef conservateur un certain flair politique pour avoir misé presque toute une campagne électorale sur le seul enjeu des soins de santé. Il a bien mesuré la frustration des électeurs excédés par les pénuries de personnel, les fermetures d’urgences à répétition et les longs temps de réponse des ambulances.

Il faut aussi souligner le caractère singulier de la victoire de Tim Houston.

Le chef du Parti progressiste-conservateur, Tim Houston, a été élu premier ministre de la Nouvelle-Écosse le 18 août 2021. (Photo d’archives)

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

En pleine crise sanitaire, il a été le seul politicien au pays à convaincre ses concitoyens de changer de gouvernement. À Ottawa et dans toutes les autres provinces qui sont passées aux urnes depuis 2020, les électeurs ont voté pour la stabilité.

La santé « à tout prix »

Le 17 août 2021, les Néo-Écossais ont accordé au chef conservateur le mandat fort qu’il briguait pour régler à tout prix les problèmes dans le système de santé.

Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Houston n’a effectivement pas hésité à creuser des déficits pour agrandir et rénover des hôpitaux et offrir de meilleurs salaires et des primes à la rétention à certains travailleurs de la santé.

En deux ans, le budget de la santé en Nouvelle-Écosse a bondi d’environ 1,2 milliard de dollars – soit 22 %.

Une enseigne indique que l'urgence est fermée.

Plusieurs hôpitaux régionaux de la Nouvelle-Écosse sont forcés de fermer temporairement leur service d’urgence à cause du manque de personnel.

Photo : Radio-Canada / Rebecca Martel

Malgré tout, la liste d’attente pour un fournisseur de soins primaires a doublé depuis deux ans pour atteindre près de 150 000 inscriptions. Les efforts de recrutement et de rétention de personnel ne parviennent tout simplement pas à rattraper le rythme de la croissance démographique.

Pour certains, le manque d’accès au système de santé peut avoir des conséquences graves, voire fatales. En décembre dernier, deux Néo-Écossaises sont mortes après avoir attendu pendant de longues heures aux urgences.

Le « jardinier » qui sème le vent

Arrivé à la moitié de son mandat, Tim Houston admet lui-même que son gouvernement a encore beaucoup de travail à faire pour régler les problèmes dans les hôpitaux et les foyers de soins. D’ailleurs, le premier ministre se décrit à présent comme un jardinier qui cultive le changement sur le long terme.

Mais ce jardinier ne fait pas que semer le germe d’un meilleur système de santé. Il lui arrive aussi de semer la discorde.

Les premiers accrochages ont eu lieu dès 2021 à Halifax. Pour s’attaquer à une grave crise du logement dans la capitale, le gouvernement conservateur a mis sur pied un groupe de travail chargé d’accélérer le développement immobilier. Plusieurs élus municipaux ont dénoncé une tentative d’ingérence de la province.

Plan rapproché du visage de Tim Houston, qui tourne la tête et le regard vers sa gauche.

Tim Houston doit gérer plusieurs dossiers épineux depuis son arrivée en poste. (Photo d’archives)

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Tim Houston s’est ensuite disputé sur la place publique avec Nova Scotia Power. Son gouvernement a même légiféré pour bloquer une hausse des tarifs que demandait le fournisseur d’électricité. Privée de ces nouveaux revenus, l’entreprise dit qu’elle a dû mettre en veilleuse la planification d’un corridor hydroélectrique régional (Nouvelle fenêtre).

Ce mégaprojet de boucle de l’Atlantique est aussi à l’origine d’un différend majeur entre le gouvernement conservateur à Halifax et le gouvernement libéral à Ottawa.

Le premier ministre de la Nouvelle-Écosse semble prêt à tourner le dos à ce corridor d’énergie renouvelable entre le Québec et les Maritimes, malgré les promesses de financement fédéral, et même s’il ne reste que six ans à sa province pour décarboner sa production d’électricité qui dépend encore largement du charbon.

Enfin, pas plus tard que le mois dernier, Tim Houston a engagé un nouveau combat avec Ottawa au sujet du partage des coûts de la protection de l’isthme de Chignecto.

Un train près de l'eau.

Le transport ferroviaire pourrait être menacé entre le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse en raison de la montée des eaux.

Photo : Gouvernement du Nouveau-Brunswick

Les digues à la frontière de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick doivent être relevées afin de protéger l’étroit passage contre la hausse du niveau des eaux et les tempêtes violentes.

Le gouvernement fédéral propose de payer la moitié des travaux. Tim Houston s’aligne plutôt sur la position de son homologue néo-brunswickois, Blaine Higgs, qui soutient qu’Ottawa a la responsabilité constitutionnelle de payer la totalité de la facture puisque l’isthme est un lien interprovincial.

L’affaire est devant les tribunaux.

Risques calculés ou écrans de fumée ?

Deux ans après avoir remporté un pari électoral risqué, Tim Houston donne l’impression qu’il continue à prendre des risques, cette fois avec l’approvisionnement énergétique et la lutte contre les changements climatiques.

Le chef conservateur devra un jour expliquer à ses concitoyens pourquoi il prend de tels risques, et ce, dans des domaines dans lesquels la province est particulièrement vulnérable. On n’a qu’à penser aux inondations meurtrières des dernières semaines.

Tim Houston au podium. Justin Trudeau est derrière.

Tim Houston, premier ministre de la Nouvelle-Écosse, lors d’une annonce avec le premier ministre Justin Trudeau le 14 mars 2023 à Bridgewater en Nouvelle-Écosse.

Photo : CBC / Robert Short

Peut-être que le premier ministre de la Nouvelle-Écosse anticipe la fin du règne libéral à Ottawa et qu’il sent le besoin de marquer une rupture avec Justin Trudeau ? Peut-être qu’il cherche la bagarre pour détourner l’attention d’un manque de résultats tangibles de son gouvernement sur le plan de la santé ?

Pour l’instant, rien de tout ça ne semble ébranler la popularité des conservateurs à Halifax, qui viennent de mettre la main sur une circonscription longtemps acquise aux libéraux lors d’une élection partielle.

Les partis d’opposition, en reconstruction depuis le dernier scrutin, n’ont pas encore réussi à tirer leur épingle du jeu.

Il reste donc deux ans à Tim Houston pour cultiver son jardin avant les prochaines élections. Mais s’il persiste à semer le vent, comme l’indique le vieux dicton, il pourrait un jour récolter la tempête.



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Lucas Leclerc

Tel un mélodiste des pixels, je suis Lucas Leclerc, un Compositeur de Contenus Digitaux orchestrant des récits qui fusionnent la connaissance et l'imagination. Mon passage à l'Université Catholique de Lyon a accordé une symphonie à ma plume. Telle une partition éclectique, mes écrits se déploient des arcanes de la sécurité internationale aux méandres de la politique, des étoiles de la science aux prédictions des bulletins météo. Je navigue entre les lignes avec la même aisance qu'un athlète soucieux de sa santé. Chaque article est une note de transparence, une mélodie d'authenticité. Rejoignez-moi dans cette composition numérique où les mots s'entremêlent pour former une toile captivante de connaissances et de créativité, où la sécurité mondiale danse avec les étoiles, où les sphères politiques se fondent avec la météorologie, et où chaque paragraphe est une sonate pour la compréhension globale.

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