Sécurité internationale

Clara Zetkin, la clairvoyance d’une féministe et socialiste – Alternatives Économiques


« Elle n’est pas belle, mais il y a en elle quelque chose de fort, qui dépasse la femme. Plutôt petite, elle surprend par la largeur des traits. Ses cheveux sont blonds encore, et de cette espèce de cheveux lourds que ni peigne ni épingles ne peuvent jamais retenir. Le squelette du visage est marqué, puissant. On ne peut pas dans une foule faire autrement que de la voir. »

C’est ainsi qu’Aragon décrit Clara Zetkin dans Les cloches de Bâle paru en 1934. L’action se déroule au Congrès de Bâle, une conférence de paix organisée en 1912 par le parti socialiste avant la Première guerre mondiale. Le pacifisme aura marqué le parcours de cette militante socialiste d’origine allemande. Pour autant, cette conviction, qu’elle aura chevillée au corps toute sa vie, sera bien vite oubliée : en 1994, quelques années après la réunification de Berlin, la rue qui portait son nom est rebaptisée car elle est considérée comme une « adepte de la dictature communiste ».

Clara Eißner est née en 1857 à Wiederau, en Saxe. Son père, instituteur et organiste protestant, est un sympathisant de la révolution de 1848. Sa mère est féministe. Un atout pour la jeune Clara qui entreprend des études particulièrement poussées pour une femme de son époque, à l’école d’institutrices de Lepizig. Elle travaille comme préceptrice quand elle rencontre Ossip Zetkin, issu d’une famille de commerçants juifs russes.

Expulsé d’Allemagne en raison de sa participation au mouvement ouvrier, celui-ci s’installe à Paris en 1882 avec Clara, qui prend son nom bien qu’ils ne soient pas mariés. Ils ont deux fils, Maxim et Costia. Clara décrit alors le concept de la double journée dans une lettre à Karl Kautsky, un ami marxiste :

« Je suis couturière, cuisinière, blanchisseuse, etc., bref, bonne à tout faire. En plus, il y a les deux petits voyous qui ne me laissent pas une minute de répit. A peine avais-je tenté de me plonger dans l’étude du caractère de Louise Michel qu’il m’a fallu moucher le n°1 et, à peine m’étais-je assise pour écrire, qu’il a fallu donner la becquée au n°2. »

Les femmes ne concurrencent pas les ouvriers

En 1889, Ossip Zetkin meurt de la tuberculose. Peu après, le Parti socialiste ouvrier d’Allemagne demande à Clara de préparer le Congrès socialiste international de Paris qui fondera la IIe Internationale, à l’initiative de Friedrich Engels. Elle y fera une intervention remarquée sur le travail, qu’elle considère comme une condition essentielle de l’émancipation des femmes grâce à l’indépendance économique qu’elles acquièrent.

Cette prise de position, qui n’aurait rien de révolutionnaire aujourd’hui, fait pourtant débat au sein du mouvement ouvrier de la fin du XIXe siècle. Les femmes sont perçues comme une concurrence déloyale, entraînant des baisses de salaires.

« Ce n’est pas le travail féminin en soi qui, par le jeu de la concurrence, fait baisser les salaires, mais l’exploitation dudit travail par les capitalistes », explique-t-elle lors de la fondation de la IIe Internationale.

En 1890, Clara rentre en Allemagne avec ses enfants et s’installe à Sillenbuch où elle travaille comme traductrice avant de diriger la revue féministe et socialiste Die Gleichheit (« l’égalité », en allemand). Elle y publie Henrik Ibsen, Friedrich Nietzsche, Arthur Rimbaud, Rosa Luxembourg…

Elle plaide pour une école accessible à tous, mixte et laïque, avec la gratuité des cantines scolaires, la mise en place de l’éducation sexuelle

En 1896, elle rencontre le peintre Friedrich Zundel, de 18 ans son cadet, qu’elle épouse en 1899. Le couple mène une vie sociale intense, invitant notamment régulièrement August Bebel et Rosa Luxembourg. Son amitié avec cette dernière, explique Florence Hervé, qui a coordonné l’ouvrage Je veux me battre partout où il y a de la vie, lui a permis de « lutter dans un contexte très antiféministe ».

Clara milite pour la liberté de choix dans les relations amoureuses, le droit à l’avortement et le droit de vote des femmes. En 1904, elle critique la politique budgétaire allemande qui dépense trois fois plus d’argent pour l’armée que pour l’école. Parallèlement, elle plaide pour une école accessible à tous, mixte et laïque, avec la gratuité des cantines scolaires, la mise en place de l’éducation sexuelle, le développement de l’éducation artistique et pour une école sans châtiments corporels.

La création du 8 mars

En 1907, Clara Zetkin fonde le Secrétariat international des femmes et en prend la tête. Alors que la majorité du mouvement féministe « bourgeois » revendique un droit de vote limité à certaines catégories sociales, elle milite pour un suffrage direct et universel. En 1910, malgré une forte opposition du Parti social-démocrate allemand, elle propose avec la féministe Käte Duncker que les socialistes de tous les pays, en accord avec les syndicats, organisent chaque année une Journée internationale des femmes.

Clara Zetkin milite pour un suffrage direct et universel

Le 19 mars 1911, plus d’un million de femmes manifestent dans ce cadre en Allemagne, en Autriche, en Suisse, au Danemark et aux Etats-Unis. Ce n’est qu’en 1921 que la Journée internationale des droits des femmes est fixée au 8 mars, en souvenir de la grève des ouvrières du textile de Petrograd en 1917.

Après le Congrès de Bâle en 1912, Clara Zetkin entreprend en 1914 un voyage dans différentes villes allemandes pour lutter contre la guerre qui commence. Ses deux fils sont mobilisés, son mari s’engage dans la Croix rouge militaire. Elle distribue un manifeste contre la guerre et des tracts pacifistes qui lui vaudront une peine de prison de quelques mois pour tentative de haute trahison.

Après la guerre, sous la république de Weimar, elle est élue députée du Parti communiste d’Allemagne (KPD) de Bade-Wurtemberg et du Reichstag. Mais l’année 1919 sera surtout marquée pour elle par l’assassinat de son amie Rosa Luxembourg par les corps francs, chargés par le ministre Social-démocrate (SPD) de la défense Gustav Noske d’écraser l’insurrection que le député communiste Karl Liebknecht a ­déclenchée.

Antifasciste et antiraciste

Très tôt, elle alerte contre les dangers du fascisme. Après un voyage en Italie en 1923, elle rédige un long texte où elle rappelle que la terreur y ligote les syndicats, que les salaires y ont drastiquement chuté et que l’aide sociale aux personnes âgées, aux infirmes et aux malades a été supprimée. Clara Zetkin décide de s’installer en Russie. Elle y publie un livre de reportages sur les femmes musulmanes du Caucase.

D’après elle, le communisme les a libérées mais le système patriarcal se perpétue. Elle rédige aussi Les guerres impérialistes contre les travailleurs, un texte publié après sa mort, où elle réfute l’idée selon laquelle l’essor de l’industrie des armes aurait des conséquences positives sur l’économie. Les sommes nécessaires aux conflits armés sont en effet prélevées sur les impôts et les taxes. Et la guerre entraîne la misère et la hausse de la mortalité infantile.

En 1931, elle participe depuis Moscou à la rédaction d’un projet de loi du KPD revendiquant l’égalité totale des hommes et des femmes face à l’emploi, l’instauration d’un congé maternité ainsi que la dépénalisation de l’avortement. Puis, en mars 1932, elle évoque dans une lettre adressée à Wilhelm Pieck, fondateur du KPD, l’échec de ce parti à « endiguer l’énorme vague nazie ». Les journaux hitlériens épinglent alors la « juive communiste », « la Moscovite »…

En 1932, elle prouve une nouvelle fois sa clairvoyance et sa modernité en prenant des positions antiracistes dans un appel du Secours rouge international concernant les Noirs de Scottsboro accusés à tort de viols de prostituées blanches, aux Etats-Unis. Florence Hervé considère qu’elle est une précurseure de la pensée intersectionnelle. Clara Zetkin meurt en 1933 et est enterrée sur la place Rouge.



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Lucas Leclerc

Tel un mélodiste des pixels, je suis Lucas Leclerc, un Compositeur de Contenus Digitaux orchestrant des récits qui fusionnent la connaissance et l'imagination. Mon passage à l'Université Catholique de Lyon a accordé une symphonie à ma plume. Telle une partition éclectique, mes écrits se déploient des arcanes de la sécurité internationale aux méandres de la politique, des étoiles de la science aux prédictions des bulletins météo. Je navigue entre les lignes avec la même aisance qu'un athlète soucieux de sa santé. Chaque article est une note de transparence, une mélodie d'authenticité. Rejoignez-moi dans cette composition numérique où les mots s'entremêlent pour former une toile captivante de connaissances et de créativité, où la sécurité mondiale danse avec les étoiles, où les sphères politiques se fondent avec la météorologie, et où chaque paragraphe est une sonate pour la compréhension globale.

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