Sécurité internationale

La première vie de Fidel Castro : portrait de Cuba avant la Révolution – Le Vent Se Lève


De Cuba avant la Révolution, on connaît l’image d’Épinal du « bordel des États-Unis ». On connaît moins la domination de son économie par quelques compagnies nord-américaines, qui se maintenaient en place par une collusion constante avec les autorités politiques du pays. Les oligopoles du secteur de l’agro-alimentaire, des télécommunications et des mines sont alors une cible privilégiée des mouvements démocratiques et socialistes de l’Amérique centrale et des Caraïbes. Sans surprises, ils sont également des acteurs clefs des coups d’État pro-américains – comme celui qui a instauré une junte sanguinaire au Guatemala en 1954. À Cuba, c’est en luttant contre ces entreprises tentaculaires que le jeune avocat Fidel Castro se fait une réputation. Il se confronte, entre autres, au géant américain International Telephone and Telegraph (ITT), destiné à jouer un rôle déterminant dans le renversement ultérieur du socialiste chilien Salvador Allende. Les premières années de la vie politique de Fidel Castro, mal connues, sont déterminantes pour comprendre la Révolution cubaine et sa radicalité. Par Abel Aguilera, historien, traduit de l’espagnol et édité par Léo Rosell.

Fidel Castro et la défense du corps étudiant cubain

Entré à l’Université de La Havane en septembre 1945, Fidel Castro soutient cinq ans plus tard son mémoire de fin d’études intitulé : « La lettre de change en droit privé et la législation comparée » avec mention. Il est ainsi titulaire d’un doctorat en droit et en sciences sociales, tout en étant licencié en droit diplomatique et en droit administratif. Quelques jours plus tard, lors d’une réunion sur les marches de l’Université de La Havane, il convainc deux camarades, Jorge Azpiazo Núñez de Villavicencio et Rafael Resende Vigoa de s’associer à lui. Ainsi, le 10 novembre 1950, une fois inscrit au Barreau de La Havane, Fidel Castro et ses deux amis enregistrent le cabinet d’avocats Azpiazo-Castro-Resende, dans le quartier dynamique de la Vieille Havane.

Carte de visite de Fidel Castro.

C’est ainsi que commence l’activité professionnelle du jeune Fidel Castro. Spécialisé en affaires civiles et sociales, il se retrouve davantage au contact des secteurs les plus marginalisés de la société et est témoin des inégalités abyssales qui fracturent le pays.

Le contexte national est alors caractérisé par la corruption généralisée qui touche le gouvernement, la répression politique, les assassinats fréquents de leaders de l’opposition, la censure de la presse et l’aggravation des tensions sociales. Des groupes de gangsters contrôlent le commerce de la drogue, la prostitution et les jeux interdits. La soumission des gouvernements vis-à-vis des États-Unis favorise également le pillage des richesses cubaines au profit des entreprises nord-américaines, qui exploitent les travailleurs cubains. Cuba a beau posséder l’une des constitutions les plus progressistes de l’époque, celle-ci est largement ignorée par les gouvernements chargés de son application.

Le processus judiciaire contre le géant américain International Telephone and Telegraph (ITT) aboutit à une victoire des plaignants. L’entreprise est contrainte à baisser ses tarifs. La sentence n’a jamais été appliquée, l’entreprise ayant réussi à marchander avec le chef d’État Fulgencio Batista, numéro un de la dictature militaire cubaine…

Pour l’année scolaire 1951-1952, le ministre de l’Éducation Aureliano Sánchez Arango publie une résolution qui invalide les avancées obtenues précédemment par les étudiants, qui se mobilisent immédiatement et organisent des manifestations de rejet. Pour sa part, le ministre de l’Intérieur Lomberto Díaz Rodríguez a déclaré illégales ces manifestations, ce qui conduit à une confrontation avec la police, l’armée et des groupes de gangsters, qui avaient pour ordre de les réprimer.

Les manifestations ont duré des semaines et la Fédération étudiante universitaire (FEU) a créé un comité de lutte pour renverser la résolution impopulaire. À Cienfuegos, les protestations sont très vives, générant une violente réaction des forces de l’ordre. Le 12 novembre 1950, les élèves organisent une manifestation devant l’Institut d’enseignement secondaire et invitent une représentation du comité. Celui-ci est dirigé par Fidel Castro, accompagné par Enrique Benavides Santos, Mauro Hernández, Francisco Valdés et Agustín Valdés. Le soir, Fidel Castro et Enrique Benavides Santos sont arrêtés par une patrouille près de la mairie et conduits à l’unité de police. De la fenêtre, ils regardent la confrontation entre la police et les étudiants qui dure environ quatre heures.

Une fois la répression terminée, ils sont poursuivis pour « agitation » et « atteinte à l’ordre public ». Au début de l’instruction, les deux détenus refusent de coopérer : ils donnent de faux noms – Castro se fait appeler Ramiro Hernández Pérez – refusent de signer les documents. À l’aube, sans en informer les détenus, les autorités procèdent à leur transfert à Santa Clara, la capitale provinciale. Les mauvais traitements qu’ils subissent de la part de la police ne prennent fin qu’avec l’arrivée inattendue du président du conseil municipal, qui craignait pour la sécurité des deux jeunes militants.

Le lendemain, après avoir reçu la nouvelle de leur envoi à Santa Clara, les étudiants mobilisés se rendent à proximité du pénitencier provincial, ce qui, avec les efforts du chef du Parti du peuple cubain (orthodoxe) Eduardo Chibás Rivas, force les autorités à relâcher les deux détenus à midi. Pour autant, le 23 novembre, le procès judiciaire est ouvert contre les citoyens Enrique Benavides Santos et Fidel Castro. Le 5 décembre, ils sont cités à comparaître à l’audience.

Assurer sa propre défense, faire de la barre une tribune politique

À la date et à l’heure indiquées, l’audience de l’affaire n° 543/50 se tient dans la salle d’audience de Las Villas. On trouve dans le public la majorité des étudiants de Cienfuegos et de nombreux jeunes révolutionnaires. Enrique Benavides est défendu par Benito Besada Ramos, camarade de classe révolutionnaire, qui faisait également ses débuts comme avocat. De son côté, Castro a choisi de se défendre lui-même. Lors de l’audience, il utilise ainsi l’estrade comme une tribune politique d’où il dénonce les maux qui affligent la société cubaine – en plus de pointer du doigt le chef de la police de Cienfuegos pour son manque d’éthique et son soutien à la corruption dans le pays.

D’après les témoignages, l’atmosphère de la séance était tendue, en raison de la présence du chef de la police de Cienfuegos, détesté par les étudiants pour ses méthodes répressives. De plus, les attaques formulées à son encontre par Castro enflamme encore davantage les étudiants et provoque la colère de son accusateur. C’est finalement le procureur lui-même qui propose l’acquittement des accusés, sans doute dans une volonté d’apaisement. Ce premier procès permet à l’avocat mis en cause d’élaborer une méthode amenée à être réutilisée dans d’autres procédures judiciaires comportant une dimension politique, à travers son auto-défense, tout en démontrant à cette occasion sa capacité à mobiliser les masses.

C’est ainsi que Fidel Castro dénonce de façon croissante les maux qui touchent la République cubaine. Son diplôme de droit lui confère une arme puissante, à savoir la capacité d’agir et de s’exprimer au nom de la loi. Les obstacles qui se dressent alors contre lui ne peuvent l’amener qu’à une seule conclusion : le système juridique et constitutionnel cubain ne fonctionne plus.

En lutte contre le monopole de la compagnie téléphonique cubaine

Au premier trimestre de l’année 1951, le cabinet d’avocats Azpiazo-Castro-Rasende intente une action en justice contre le monopole américain sur les communications qui s’exprime à travers la Cuban Telephone Company, par l’intermédiaire de laquelle il exige une baisse des tarifs facturés aux utilisateurs. La Compagnie cubaine de téléphone a été créée à Cuba en 1909, à la suite de l’obtention par décret présidentiel d’une autorisation perpétuelle d’établir et d’ouvrir des lignes et des systèmes téléphoniques au public. Dans les années 1930, la compagnie devient la branche la plus prospère de celles installées par le géant américain International Telephone and Telegraph Corporation (ITT). Au milieu de la crise économique mondiale, l’entreprise a progressivement baissé les salaires, déclenchant une grève des travailleurs du téléphone le 9 novembre 1933 qui a duré environ un an.

Après la Seconde Guerre mondiale, on observe une détérioration progressive du service. La restauration de sa qualité justifie, selon l’entreprise, une augmentation des tarifs, qui se révèle particulièrement impopulaire et n’aboutit à aucune amélioration. Au début de l’année 1951, la société tentait d’influencer l’opinion de ses utilisateurs, et des publicités sur la difficulté à installer de nouveaux équipements à Cuba sont apparues dans certains médias. Malgré cela, le petit cabinet d’avocats créé par Fidel Castro et ses associés s’attaque à cette situation de monopole, et remporte un succès inattendu. La compagnie de téléphone utilise alors une stratégie dilatoire, sans succès. Une fois la sentence connue, elle fait appel devant la Chambre des lois spéciales et du contentieux administratif de la Cour suprême de la République, réussissant à retarder l’application de la sentence.

Le processus judiciaire dure ainsi jusqu’en 1954 et aboutit à une victoire des plaignants. L’entreprise est contrainte par la loi à baisser ses tarifs. Pourtant, à l’instar d’autres lois qui, à Cuba, restaient à cette époque lettre morte, la sentence n’a jamais été appliquée et l’entreprise a réussi à marchander avec le chef d’État Fulgencio Batista, numéro un de la dictature militaire cubaine. Cela fut possible grâce à une stratégie consistant à faire traîner le processus en longueur, et au bouleversement de l’ordre juridique du pays qu’avait induit le coup d’État de Fulgencio Batista en 1952. Pendant toute la durée du procès, l’entreprise n’est pas restée les bras croisés et a continué à faire pression sur le gouvernement. Ne parvenant pas à un accord, la compagnie annula ses nouveaux investissements dans le pays et décida, en guise de moyen de pression, de ne plus installer de téléphones. Ainsi, elle parvient à faire annuler la décision du tribunal par le chef d’État, et à signer un accord en sa faveur le 13 mars 1957. En contrepartie, la société nord-américaine offrit à Batista un téléphone en or massif…

Fidel Castro, à l’initiative de cette procédure, n’a pas pu poursuivre le procès depuis la mi-1953 en raison de sa participation à l’assaut de la caserne Moncada puis de son emprisonnement sur l’île des Pins. Il fut remplacé par l’avocat et militant du Parti du peuple cubain Pelayo Cuervo Navarro, qui a mené le processus à son terme. Ce dernier est assassiné le 13 mars 1957, quelques heures après l’accord entre la Compagnie et la dictature, dans le cadre de la vague répressive qui surprend La Havane après un assaut révolutionnaire manqué.

Quelles conséquences la signature de ce décret a-t-elle entraînées ? En substance, le contraire de ce que Fidel Castro et ses collègues du cabinet essayaient de réaliser : la compagnie téléphonique cubaine obtient des bénéfices nets de plus de 8%, alors qu’aux États-Unis, d’où est originaire l’entreprise, le maximum accepté était de 6,5 %. L’entreprise s’est également vue accorder le pouvoir de facturer aux clients toute augmentation établie par l’État, de même qu’une exonération du paiement des cotisations ou impôts pour les provinces et communes de l’archipel. L’impôt au profit de l’État cubain d’au moins 4% du revenu brut a enfin été supprimé.

Avec la mort d’Eduardo Chibás Ribas, candidat à l’élection présidentielle pour le Parti du peuple cubain (Orthodoxes) et potentiel vainqueur, le 16 août 1951, la situation politique du pays s’envenime.

Après le triomphe de la Révolution, l’une des premières mesures gouvernementales fut l’approbation de la loi n°122 en mars 1959, qui ordonna à la Compagnie cubaine des téléphones une réduction des tarifs téléphoniques. Surtout, le 6 juillet 1960, la loi n ° 851 prévoit la nationalisation par expropriation forcée de la compagnie, mettant fin à l’extorsion de ce monopole contre le peuple cubain.

Moins de deux décennies plus tard, ITT allait une nouvelle fois marquer l’histoire latino-américaine, pour son rôle dans le coup d’État contre Salvador Allende, qui devait conduire Augusto Pinochet au pouvoir…

Le litige contre la Warner Sugar Corporation et les abus des propriétaires terriens nord-américains

Un autre des conflits juridiques que Fidel Castro a menés à l’été 1951 avait pour cible la société nord-américaine Warner Sugar Corporation, propriétaire de la sucrerie Miranda, située à 27 kilomètres de Birán, sa ville natale. Lors des fréquents voyages de Fidel Castro pour mener à bien les démarches juridiques de son père, il fut frappé par le fait que les plantations de canne à sucre appartenant au moulin Miranda et les terres de la famille Hevia avaient des limites irrégulières. Ses questions aux travailleurs ne trouvant pas de réponse, il consulte les cartes de son père – qui depuis 1924 avait établi un contrat de 20 ans avec la Warner Sugar Corporation – et se rend compte que la société nord-américaine a planté sur les terres de la famille Hevia pendant plusieurs années.

Après avoir collecté toutes les données et vérifié les limites entre les deux propriétés, Fidel Castro calcule la superficie de canne à sucre plantée sur les terres d’Hevia au cours des 15 dernières années. En plus de la violation évidente de la propriété privée de cette famille, il y avait un conflit encore plus délicat, à savoir la reconnaissance légale de la terre sur laquelle aucune des parties n’était claire. En l’absence de preuves suffisantes, les propriétaires nord-américains du moulin Miranda pourraient se voir attribuer une partie de ces terres.

Une fois à La Havane, Fidel Castro présente les preuves aux propriétaires terriens, qui ont accepté d’engager le procès. Sur la base de la quantité et de la durée d’utilisation des terres et du coût moyen du sucre au cours de ces années, il a été calculé que le prix à payer par la société sucrière s’élevait à un minimum de 17 000 pesos. L’entité reconnut finalement l’activité qu’elle menait depuis plusieurs années et préféra payer la totalité de cette somme pour qu’aucune action en justice ne soit déposée devant les tribunaux.

À cette période, le jeune avocat maintient donc parallèlement son activité d’avocat et son militantisme politique. Même si la plupart des procès qu’il intente n’avaient aucun lien politique direct, à l’exception de celui contre la Compagnie cubaine des téléphones, il démontre déjà un intérêt à utiliser sa profession d’avocat comme instrument de lutte contre les maux qui remettent en cause la souveraineté de Cuba.

Un climat politique délétère pour l’opposition 

Avec la mort d’Eduardo Chibás Ribas, candidat à l’élection présidentielle pour le Parti du peuple cubain (Orthodoxes) et potentiel vainqueur, le 16 août 1951, la situation politique du pays s’envenime. Fidel Castro se présente quant à lui comme candidat à la Chambre des représentants pour le quartier de Cayo Hueso, à La Havane, il distribue fréquemment des tracts, prend la parole lors de rassemblements, frappe aux portes de ses électeurs et s’exprime à la radio.

Des décennies plus tard, il commentera : « à cette époque, j’ai commencé à réfléchir à une stratégie de prise de pouvoir révolutionnaire. (…) J’ai commencé à élaborer une stratégie dans le cadre de l’ensemble du processus politique et, compte tenu de la période ultérieure, j’ai envisagé de m’insérer dans l’appareil de ce parti, de me présenter comme député pour l’organisation et d’entrer au parlement. (…) Ensuite, depuis le parlement, je présenterais un programme révolutionnaire avec les orthodoxes. J’ai esquissé la stratégie en brisant la discipline du parti. En vertu de la Constitution et des lois, j’envisageais de présenter un programme semblable à celui de Moncada. Toutes les questions vitales que j’ai exposées dans L’histoire m’absoudra apparaîtraient sous forme de lois dans le plan que j’allais présenter au Parlement, avec l’assurance que ce projet au sein du parti deviendrait un programme pour les masses révolutionnaires. C’est-à-dire qu’il n’allait pas être approuvé, mais qu’il allait devenir la plate-forme de mobilisation de toutes les forces sociales et politiques, des forces d’action armées pour renverser ce gouvernement. » Si l’on tient compte des procédures judiciaires dans lesquelles il a été impliqué par la suite, la plupart d’entre elles sont liées à sa carrière politique.

Alors que les prix des billets de bus de la Cooperativa de Ómnibus Aliados (COA) avait augmenté de manière injustifiée le prix du billet, la Fédération étudiante universitaire (FEU) convoque pour le 5 septembre 1951 une concentration devant les marches de l’université de La Havane. La police reçoit l’ordre de réprimer la manifestation. Sur place, le jeune ouvrier Carlos Rodríguez Rodríguez est sauvagement battu et meurt le lendemain des suites de ses blessures. Sur la proposition de Fidel, le corps est présenté dans la salle des martyrs de l’université de La Havane, où une foule indignée s’est rassemblée. Après la veillée funèbre, il propose également d’emmener le cercueil au palais présidentiel, dans le but de manifester contre la politique répressive du président Carlos Prío Socarrás. La proposition n’a pas été acceptée par les membres et le corps a été transporté au cimetière Colón.

Indigné par ce crime, l’avocat suggère à Justa Rodríguez, la mère de la victime, de parler à la presse, ainsi qu’une action en justice. Le 6 septembre 1951, ils déposent plainte pour homicide. Le 11 septembre 1951, une lettre de Fidel intitulée « Más vale morir de pie » (« Il vaut mieux mourir debout ») est publiée dans le journal Alerta, dans laquelle il réitère sa condamnation des auteurs du crime et des abus policiers. Les accusés mènent plusieurs actions dans les jours suivants et sollicitent l’appui des plus hautes sphères du pouvoir militaire. De toute évidence, ils craignaient d’être emprisonnés et essayaient donc de se soustraire à la justice, car ils n’avaient aucune chance d’être acquittés par des moyens légaux. Dans le même temps, Fidel Castro savait sa vie en danger.

Les policiers mis en cause versent une caution et attendent leur procès en liberté. Immédiatement, les péripéties juridiques ont commencé. Le ministre de la Défense demande le transfert de l’affaire aux tribunaux militaires, en prenant pour prétexte le fait que Cuba était officiellement en état de guerre avec le Japon, l’Italie et l’Allemagne. La stratégie était claire : juger les accusés devant un tribunal militaire, où ils seraient acquittés ou purgeraient des peines minimales. Le tribunal déclare la demande irrecevable, en se référant aux ordonnances rendues de manière continue par la chambre pénale de la Cour suprême depuis le 28 octobre 1949, et a fait valoir que la stabilité du pays empêchait l’application de cet outil juridique. L’avocat de la défense va jusqu’à inventer que le chef de la police n’était pas sur place aux moments des faits, ce qui est démenti par les témoins des actions de Salas Cañizares.

Le 30 janvier 1952, le tribunal déclare qu’il n’a pas encore reçu le rapport du chef du bureau d’enquête de la police nationale contenant les conclusions de ce qui s’était passé le jour des événements. Il n’est pas surprenant que, pour retarder le processus ─ près de cinq mois après les faits ─, le siège de cet organe répressif n’ait pas conclu ses investigations.

Bien que cela ne soit pas évident dans la documentation conservée, il semble que la défense ou les conclusions présentées par le Bureau des enquêtes alléguaient qu’il n’y avait pas de preuves convaincantes impliquant directement la police dans la mort de Carlos Rodríguez Rodríguez. Ce qui est certain, c’est que le 6 février, le juge d’instruction a rendu une ordonnance de clôture, dans laquelle il certifie qu’ « un instrument en caoutchouc présenté par le Dr Fidel Castro » a été utilisé comme preuves de la condamnation.

Le 4 mars, le procureur général, Evelio Tabío Roig, rend une ordonnance dans laquelle il considère que l’enquête est terminée et demande que l’affaire soit jugée. Dans ses conclusions, il demande « vingt ans de prison pour chacun des accusés » et, en matière de responsabilité civile, « d’indemniser les héritiers du défunt pour la somme de cinq mille pesos ». Il indique également que parmi les preuves à utiliser dans la procédure orale figurent les « aveux des accusés » et les « témoignages et expertises », correspondant à 14 témoins oculaires et deux médecins légistes. Jusqu’aux premiers jours de mars 1952, le procès se déroule normalement.

Vers le coup d’État et la dictature de Batista

Parallèlement à ces événements, Salas Cañizares conspire depuis plusieurs mois, avec d’autres officiers militaires sous les ordres de l’ancien président Fulgencio Batista y Zaldívar, dans le but de réaliser un coup d’État qui contrecarrerait la victoire des orthodoxes. Le 10 mars, l’action est menée à bien, inaugurant une dictature qui invalide la Constitution de la République et dissout le Congrès. Parmi les nominations effectuées ce jour-là par le dictateur figure la promotion de l’assassin avoué Rafael Angel Salas Cañizares au rang de « colonel de première catégorie » et à la tête de la police nationale.

Le coup d’État du 10 mars 1952 a non seulement aggravé la situation politique du pays, mais a également modifié le cours de la procédure pénale 1788/51. Dans ces circonstances, Fidel Castro est contraint à la clandestinité, car sa vie est à nouveau menacée et face à la dictature militaire les tribunaux perdaient de leur autonomie à vue d’oeil. Afin d’exonérer les accusés de leurs charges, le nouveau régime publie un décret qui indique le transfert du dossier à la juridiction militaire, laissant les assassins impunis. Il ne fait aucun doute non plus que les conclusions de ce procès ont influencé la formation politique du jeune Fidel Castro et la radicalisation de sa pensée. Le 1er mai 1952, lors d’un hommage à Carlos Rodríguez Rodríguez au cimetière de Colón, le jeune révolutionnaire Jesús Montané Oropesa présente deux leaders qui allaient marquer l’histoire de la nation cubaine, Fidel Castro et Abel Santamaría Cuadrado. L’année suivante, tous deux joueront un rôle de premier plan dans les événements du 26 juillet 1953.

Si son étape en tant qu’étudiant a été décisive dans sa formation politique, sa carrière d’avocat a donc également contribué à la consolidation de ses convictions. De son contact avec les secteurs les plus délaissés, de son affrontement avec le système politique et juridique corrompu du pays, ses convictions socialistes ont émergé. La mise en place de la dictature de Batista et la suspension de l’ordre constitutionnel empêchant toute continuation de la lutte sur le plan juridique comme politique, l’opposition menée par Fidel Castro, condamnée à la clandestinité, s’oriente vers la lutte armée pour combattre le nouveau régime. L’assaut de la caserne de Moncada, le 26 juillet 1953, sonne ainsi le début de la Révolution cubaine, à l’issue de laquelle, déclare Fidel Castro : « L’Histoire m’absoudra ».

Il faut attendre le 1er janvier 1959 pour que les révolutionnaires triomphent de Batista, et que le désormais commandant en chef des troupes révolutionnaires restaure la Constitution et entame une profonde transformation du pays…



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Lucas Leclerc

Tel un mélodiste des pixels, je suis Lucas Leclerc, un Compositeur de Contenus Digitaux orchestrant des récits qui fusionnent la connaissance et l'imagination. Mon passage à l'Université Catholique de Lyon a accordé une symphonie à ma plume. Telle une partition éclectique, mes écrits se déploient des arcanes de la sécurité internationale aux méandres de la politique, des étoiles de la science aux prédictions des bulletins météo. Je navigue entre les lignes avec la même aisance qu'un athlète soucieux de sa santé. Chaque article est une note de transparence, une mélodie d'authenticité. Rejoignez-moi dans cette composition numérique où les mots s'entremêlent pour former une toile captivante de connaissances et de créativité, où la sécurité mondiale danse avec les étoiles, où les sphères politiques se fondent avec la météorologie, et où chaque paragraphe est une sonate pour la compréhension globale.

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