International

Les migrants africains dont on ne veut pas… et ceux dont on veut: l’exode des talents – Ça fait débat avec Wathi – RFI


Nous avons évoqué ces dernières semaines le sujet des migrations d’Africains vers l’Europe avec leur lot de victimes qui disparaissent en mer même s’il faut rappeler que la très grande majorité des migrations africaines se passent au sein du continent. Rappelons aujourd’hui que les migrants incluent aussi des milliers d’Africains disposant d’un niveau très élevé de formation et de compétences recherchées partout dans le monde.

Ceux-là sont plutôt recherchés ou en tout cas accueillis à bras ouverts ou presque en Europe comme en Amérique du Nord. S’il est dramatique pour plusieurs pays africains de perdre définitivement des jeunes courageux, déterminés et désireux de travailler même dans des contextes difficiles, il faut aussi prendre la mesure de l’impact cumulé de ce qu’on appelle communément et un peu maladroitement la fuite des cerveaux. Maladroitement parce qu’il ne s’agit pas seulement, loin de là, des hommes et des femmes surdiplômés dans des domaines scientifiques pointus. Il s’agit de personnes qui excellent et recherchent l’excellence dans ce qu’elles font, dans tous les domaines d’activité professionnelle. 

Le sujet de l’exode des talents n’est pas du tout nouveau et il faut le traiter avec toutes les nuances qu’exige le monde interconnecté dans lequel nous vivons et qui induit forcément plus de mobilité internationale. Mais il ne faut pas non plus nier le fait que si on laisse partir des pays du continent d’une part les jeunes parmi les plus courageux, les plus déterminés, et de l’autre, les jeunes et moins jeunes parmi les plus talentueux, les plus ambitieux, les plus assoiffés de savoirs et de savoir-faire, et peut-être aussi les plus rétifs aux environnements corrompus et improductifs, on a peu de chances de faire advenir les transformations économiques, sociales et politiques positives que nous souhaitons. 

L’auteur d’une tribune publiée sur le site de WATHI parle d’une « ruée vers la main-d’œuvre qualifiée africaine » et estime que les effets directs de la guerre des talents à l’échelle mondiale pourraient être catastrophiques pour le continent

Le professeur nigérien en socio-anthropologie Gado Alzouma nous a proposé une tribune sur ce sujet. Il donne plusieurs exemples d’initiatives récentes de pays occidentaux qui vont dans le sens de cette volonté d’attirer les compétences africaines les plus intéressantes pour leurs économies. L’Allemagne, les États-Unis, le Canada, et même la France, où se discute en ce moment-même un énième projet de loi sur l’immigration, ont tous promu des mesures visant à assouplir les conditions d’immigration et l’accès à l’emploi pour des catégories spécifiques de travailleurs étrangers. 

Il cite l’annonce en février 2023 par l’Allemagne de la création de centres de conseil pour la migration dans neuf pays africains, dont le Ghana, le Nigeria, l’Égypte, l’Éthiopie. Il cite aussi le cas du Danemark qui a assoupli ses règles d’immigration dans le but d’attirer les talents étrangers. En France, le gouvernement propose une carte de séjour spéciale au nom explicite : « Talents professions médicales et de pharmacie ». Ce sont déjà des milliers de médecins africains qui exercent en France et dont la présence est indispensable au fonctionnement des hôpitaux. 

Faisant un parallèle avec le passé de la traite des esclaves et de l’exploitation coloniale, Gado Alzouma parle d’« une nouvelle forme d’exploitation du travail africain, l’exploitation du travail intellectuel africain »

Cela me semble un peu excessif et seulement applicable à certains contextes. La mondialisation a bouleversé partout le marché du travail et des compétences. On pourrait parler dans les mêmes termes du travail intellectuel chinois ou indien aux États-Unis, par exemple dans le domaine de l’informatique. Certains immigrés sont définitivement restés dans leur pays d’accueil sans entretenir de liens avec leurs pays d’origine, certains sont restés, mais entretiennent des liens professionnels étroits avec leurs pays d’origine, d’autres rentrent dans leurs pays d’origine après avoir passé des années à travailler à l’étranger et y apportent des savoirs, de l’expérience, de nouvelles idées. 

Mais il faut bien reconnaître que l’exode des talents, celui des ressources humaines disposant des compétences les plus rares au moment précis où elles pourraient être les plus productives, devrait être une préoccupation majeure pour les pays africains. Il faut des politiques de mobilisation et de gestion pragmatiques de la mobilité des talents. Encore faut-il vraiment le vouloir. Comme le dit l’influenceuse camerounaise à succès Stéphanie Mbida, qui a le sens de la formule, « À quoi bon parler de la fuite des cerveaux si les cerveaux qui sont sur place ne sont pas utilisés ? ». 

Main-d’œuvre qualifiée : une nouvelle ruée vers l’Afrique ? Gado Alzouma,

 ►Quittez l’Afrique et immigrer en Occident ! Venez!!! 



Source link

Antoine Girard

Plongeant dans l'art de la plume avec une passion ardente, je suis Antoine Girard, un Artisan du Blogging tissant des récits qui embrassent le monde. Ma formation à l'École Nationale Supérieure de Chimie de Paris a enrichi ma pensée créative. Tel un alchimiste des mots, je distille des articles de nouvelles internationales tout en explorant un vaste horizon de sujets tels que le droit international, le sport, l'immobilier et l'industrie cinématographique. Transparence est mon credo, chaque article reflétant mon engagement envers l'authenticité. Rejoignez-moi dans ce voyage où les mots évoquent des images vivantes, où le droit se marie avec l'action, où les terrains de jeu se mêlent à l'écran argenté, et où chaque ligne écrit l'histoire de notre monde en mouvement.

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button