Organisations internationales

Victoire sans gloire, mais avec péril – Madagascar Tribune


Aujourd’hui, les yeux seront braqués vers la Haute cour constitutionnelle (HCC), qui va proclamer les résultats officiels de la présidentielle 2023. Toutefois, le suspense n’est pas au rendez-vous : il est facile et guère risqué d’affirmer qu’il n’y aura aucune surprise. À peu de choses près, la HCC devrait donc se placer dans la tendance des résultats officieux donnés il y a quelques jours par la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Depuis des années, la HCC a habitué les citoyens à envoyer valser les litiges électoraux à coups de « azo raisina fa tsy mitombona » (requête recevable mais infondée), protégée par le caractère « tsy azo ivalozana » (inattaquable) de ses décisions. L’on peut donc d’ores et déjà prévoir deux choses. Premièrement, la HCC va proclamer la réélection au premier tour du président sortant Andry Rajoelina. Deuxièmement, elle va annoncer un taux de participation probablement survitaminé pour se rapprocher de celui de 2018, et ce afin de limiter l’humiliation d’une élection n’ayant pas soulevé d’enthousiasme chez les électeurs, et donc en manque flagrant de légitimité. Il faut toutefois souligner que même le taux de participation de 2018 (48%) était déjà assez minable. Celui de 2023 va donc battre le record de minabilité, en sus de celui du manque de crédibilité.

Le Collectif des candidats, qui est revenu à 11 membres après le retour du frère prodigue Siteny Randrianasoloniaiko, a pourtant fait mercredi un résumé solide et étayé des faits sur lesquels la HCC mériterait de se pencher sérieusement. Malheureusement, les choses sont ainsi faites à Madagascar : les efforts des observateurs électoraux sérieux et des candidats pour présenter des requêtes ne sont que du temps perdu, car en matière électorale ou pénale, le pouvoir judiciaire est toujours soucieux de ne pas froisser l’Exécutif. La communauté internationale s’empressera ensuite de reconnaître les résultats de l’élection, après quelques froncements de sourcils émis pour la forme. À travers l’EMMONAT, les forces de répression ont déjà averti qu’elles se mettront au service de celui dont l’élection sera proclamée. Jusqu’à preuve du contraire, on doute que ce soit un autre qu’Andry Rajoelina. Par conséquent, les couleurs sont connues d’avance, et le solelakisme a de beaux jours en perspective. Force est d’ailleurs de constater que les officiers de gendarmerie qui font les carrières les plus fulgurantes sont ceux de la Circonscription d’Antananarivo qui s’illustrent par le zèle dans la répression des manifestations. L’on s’attend d’ores et déjà à ce que la route de certains colonels obéissants et sans états d’âme ou scrupules soit bientôt étoilée, sur les traces de leur illustre grand ancien, Richard Ravalomanana, docile et efficace au service des intérêts d’Andry Rajoelina dans ses fonctions actuelles de chef d’État intérimaire.

Madagascar s’achemine donc vers ce qui sera le pire contexte post-électoral que le pays ait connu depuis 1972. Dès le stade pré-électoral, le pouvoir a multiplié les actes arbitraires, les tracasseries et les intimidations pour limiter le potentiel des rivaux du candidat d’État. Le scrutin a été par la suite boycotté par les trois-quarts des candidats, les récriminations de la société civile se sont multipliées, le communiqué de l’Organisation internationale de la Francophonie a révélé une lucidité et surtout un parler vrai très rares chez les organisations internationales, et l’opposition fait bloc et se prépare à rejeter les résultats. On attend maintenant les déclarations de l’Union européenne, de l’Union africaine et de la SADC sur cette élection aux forceps, qui aura vu Rajoelina peu avare de manœuvres douteuses pour assurer sa réélection.

Au-delà de l’insuffisance des moyens de la CENI qui n’a obtenu que le tiers du budget nécessaire, il y a une chose qui a vraiment manqué à la présidentielle 2023 : la volonté sincère du pouvoir en place à organiser une élection libre, équitable et transparente. Le système politique en général et les institutions en particulier ont été incapables de servir de balises. À partir de là, il était impossible d’avoir des résultats qui s’imposent à tous. L’on ne saura jamais si Rajoelina aurait été capable de gagner à la loyale. Mais peut-on attendre d’un ancien auteur de coup d’État qu’il agisse à la loyale, dans le respect des règles et valeurs démocratiques  ?

Une opposition jouant jusqu’à présent le jeu démocratique

Reste maintenant à savoir comment les déçus vont réagir à des résultats officiels qui feront fi des requêtes qu’ils ont exprimées. Il est à craindre que le pays s’achemine vers un nouveau dialogue de sourds, entre d’une part, un pouvoir arrogant et impopulaire qui espère stabiliser son déficit de légitimité par la force, et d’autre part, une opposition qui sera tentée de changer de registre après s’être jusqu’ici évertuée à essayer de jouer le jeu démocratique : candidature à une élection, demandes d’autorisations de manifestation, requêtes déposées auprès des institutions idoines etc. Les opposants pourront par la suite dire qu’au moins ils auront essayé de respecter les règles. Mais jusqu’à quand ?

Les observateurs qui veulent encore croire qu’il puisse exister une voie de sortie politique autre qu’un stérile statu quo n’ont guère d’éléments allant dans leur sens à mettre en avant. Une très hypothétique ouverture politique serait dans les conditions actuelles perçue comme un vulgaire marchandage entre coquins, conclu dans le dos de l’opinion publique. Quant aux recommandations pour donner plus de crédibilité, donc plus de sens, aux élections à Madagascar, elles continuent de prendre la poussière, et il faudrait une énorme volonté politique pour les mettre en œuvre avant les prochaines élections législatives. Pour le pouvoir actuel, ce serait avouer que la réélection d’Andry Rajoelina s’est passée dans des conditions très perfectibles ; donc cela ne se fera très certainement pas.

Nous risquons donc, pendant les prochains mois, de continuer à voir le centre de la Capitale occupé par d’imposants regroupements de forces dites de l’ordre, mais qui ne feront que dissimuler un profond désordre.



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Charlotte Lambert

Voyageuse d'idées et jongleuse de mots, je suis Charlotte Lambert, une Spécialiste de l'Art de Rédiger tissant des histoires qui transcendent les frontières. Mon parcours à l'Institut Catholique de Toulouse a été le ferment de ma passion pour l'écriture. Tel un guide littéraire, j'explore les méandres des organisations internationales, les échos des événements mondiaux, les trésors du système éducatif, les énigmes des problèmes sociaux, et les horizons infinis du voyage. Mon stylo danse entre les lignes, infusant chaque article d'une authenticité inébranlable. Joignez-vous à moi dans ce périple où les mots sont les balises qui éclairent le chemin de la compréhension mondiale, où l'événementiel devient un kaléidoscope de perspectives, où l'éducation se dessine avec la richesse de l'avenir, où les enjeux sociaux prennent une nouvelle dimension et où chaque page est un pas vers l'ailleurs.

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